Lutte contre Ebola en RDC : immersion dans les centres de traitement de MSF
Alors que l’épidémie d’Ebola progresse en République Démocratique du Congo et s’étend vers l’Ouganda, les interventions humanitaires s’intensifient pour freiner la circulation du virus. Nos équipes sont mobilisées sur le terrain, notamment à Goma et à Bunia, au cœur de l’Ituri, pour gérer cette dix-septième vague épidémique.
Une situation sanitaire de plus en plus préoccupante
L’intensification des capacités de dépistage permet désormais d’avoir une vision plus précise de l’ampleur de la crise. Selon les derniers relevés épidémiologiques en République Démocratique du Congo, les chiffres témoignent de la gravité de la situation :
- 381 cas confirmés ont été recensés ;
- 64 décès sont officiellement imputés au virus ;
- 233 cas suspects font actuellement l’objet d’un isolement strict.
En Ouganda, la vigilance reste de mise avec 19 cas signalés et un décès enregistré.
Déploiement massif de structures de soins spécialisées
Pour contrer la souche Bundibugyo et briser les chaînes de contamination, la réponse médicale s’adapte en permanence dans les zones critiques.
À Bunia : extension urgente des capacités d’accueil
Le centre de traitement de Bunia arrive à saturation. Début juin, la structure accueillait déjà 37 cas suspects et 7 patients confirmés. Face à cette pression, un agrandissement est en cours. « Nous préparons un nouveau terrain pour doubler notre offre de soins et atteindre 70 lits d’ici quelques jours », précise Anthony Kergosien, coordinateur des opérations d’urgence à Bunia. Si l’épidémie s’aggrave, la capacité pourra être portée à 100 lits.
À Goma : remise en service d’un centre stratégique
À Goma, une structure de soins historique a été réactivée pour isoler et traiter les malades. Les premières prises en charge ont débuté à la fin du mois de mai.
« Ce centre a déjà prouvé son utilité lors de crises précédentes. Notre priorité est d’instaurer un dialogue avec les patients pour les rassurer, leur expliquer le protocole de soin, la durée de l’hospitalisation et la nécessité des tests », explique Tathy Modjaka Nzoko, responsable des activités médicales à Goma.
Protection des soignants et sensibilisation communautaire
La sécurité du personnel face à la souche Bundibugyo
La dangerosité du virus Bundibugyo impose une protection rigoureuse. Quelques particules virales suffisent à provoquer l’infection si elles entrent en contact avec les muqueuses. Le personnel médical utilise donc des équipements de protection individuelle (EPI) intégraux.
L’objectif est de créer une barrière hermétique entre le virus et la peau. « L’équipement doit être totalement imperméable car le virus se transmet par les fluides corporels. C’est d’autant plus crucial qu’il n’existe actuellement aucun vaccin ni traitement spécifique pour cette souche », souligne Armand Sprecher, médecin épidémiologiste.
Établir un lien de confiance avec la population
L’isolement rapide des malades est la clé pour stopper l’épidémie, mais cela nécessite l’adhésion des familles. Le travail de sensibilisation est donc primordial.
« La confiance des communautés est notre socle. Naturellement, les familles veulent soigner leurs proches à domicile. Nous devons les convaincre de l’importance d’une prise en charge en centre spécialisé. Nos tenues de protection peuvent paraître effrayantes, presque extraterrestres. Nous prenons le temps d’expliquer leur rôle et de rappeler que derrière ces masques se cachent des professionnels qu’ils connaissent », ajoute Armand Sprecher.
Formation et transmission de l’expertise
Pour garantir une riposte efficace à grande échelle, le partage d’expérience est essentiel. Des sessions de formation intensive sont organisées, notamment en Belgique, avant le déploiement des équipes sur le terrain congolais.
« Le transfert de compétences fait partie intégrante de notre stratégie. Nous envoyons des experts chevronnés qui ont déjà affronté Ebola pour encadrer et former les nouvelles équipes sur place », indique Armand Sprecher.
Les particularités du virus Bundibugyo
Cette épidémie se distingue des précédentes par la nature du virus. Il s’agit de la souche Bundibugyo, un orthoebolavirus différent des types Zaïre ou Soudan rencontrés par le passé. Si son taux de létalité, estimé entre 25 et 40 %, est statistiquement plus faible que celui d’autres souches, l’absence de solutions thérapeutiques ou vaccinales homologuées rend la lutte particulièrement complexe.
Poursuite des opérations humanitaires
L’engagement reste total dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, tandis que des dispositifs de prise en charge s’organisent également au Sud-Kivu. Chaque semaine, des tonnes de fournitures médicales et logistiques sont acheminées pour soutenir cet effort sanitaire d’envergure en République Démocratique du Congo.