Mali : entre menace djihadiste et impasse politique
Mali : entre menace djihadiste et impasse politique
Les Maliens font face à un dilemme sans précédent. D’un côté, un pouvoir militaire qui s’enlise dans une gestion de crise stérile, de l’autre, des groupes armés déterminés à imposer leur vision radicale du pouvoir. Entre l’obstination d’une junte et la promesse d’une charia généralisée, l’avenir du pays semble plus incertain que jamais.
Trois jours après les attaques simultanées du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, affilié à Al-Qaïda) et du Front de libération de l’Azawad (FLA), le général Assimi Goïta a choisi de minimiser la gravité de la situation lors de son allocution du 29 avril. Affirmant avec emphase que « la situation est maîtrisée », il a pourtant omis d’expliquer pourquoi, six ans après son coup d’État, son régime reste incapable de contenir l’avancée des groupes armés. Ces derniers, notamment le JNIM, étendent désormais leur emprise autour de Bamako, tandis que le FLA réoccupe Kidal. Une réalité qui interroge : l’armée malienne est-elle en train de perdre la bataille ?
L’ombre de la charia plane sur le Mali
Le JNIM ne cache plus ses ambitions. Dans un communiqué postérieur à ses offensives, le groupe a clairement indiqué que la « priorité absolue » d’un éventuel accès au pouvoir serait l’instauration de la charia. Une perspective qui n’est pas nouvelle pour les populations des zones sous son contrôle, déjà soumises à une application stricte de la loi islamique. Face à cette menace, certains opposants au régime militaire espèrent encore qu’une alliance avec les djihadistes pourrait adoucir leur projet. Pourtant, rien dans les déclarations du JNIM ne laisse présager une modération de ses exigences. La « victoire » qu’il promet ne s’inscrit nullement dans un cadre laïc ou démocratique.
Entre un pouvoir militaire autoproclamé, qui a méthodiquement étouffé toute opposition en emprisonnant ou en exilant ses détracteurs, et un mouvement armé aux revendications radicales, les Maliens se retrouvent pris au piège. Les putschistes du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) ont, par leur gestion désastreuse, ouvert la voie à l’émergence d’une contestation encore plus radicale. En refusant tout dialogue et en s’accrochant à une logique de force, ils ont involontairement renforcé l’influence des groupes djihadistes.
Un pouvoir en décomposition face à l’offensive jihadiste
Alors que le JNIM impose un blocus aux portes de Bamako et menace d’asphyxier l’économie du pays, la junte s’enferme dans un mutisme inquiétant. Les discours triomphalistes du général Goïta sonnent creux face à une réalité de plus en plus sombre. Dans ce contexte de crise politique et sécuritaire, les arrestations arbitraires se multiplient. L’enlèvement de Mountaga Tall, figure politique de premier plan, le 2 mai dernier, en est l’exemple le plus frappant. Des méthodes qui rappellent étrangement les pratiques des services de sécurité, confirmant une fois de plus l’escalade répressive du régime.
Les observateurs s’interrogent : cette stratégie de terreur ne risque-t-elle pas d’accélérer la chute du pouvoir en place ? Les propos d’un chercheur d’Amnesty International résonnent comme un avertissement : « Les autorités doivent cesser les restrictions imposées à l’espace civique et mettre un terme aux violations des droits humains. » Une mise en garde qui semble tomber dans l’oreille d’un sourd.
Le projet controversé d’un « nouveau Mali »
Dans leur communiqué du 25 avril, les djihadistes du JNIM ont appelé à un rassemblement de toutes les forces patriotiques, y compris les partis politiques, l’armée nationale et les autorités religieuses, pour renverser la junte. Une proposition qui contraste avec leur projet de société fondé sur la charia. Pourtant, malgré leurs différences, le JNIM et le régime militaire partagent une même incapacité à proposer un avenir stable. Le Mali, autrefois présenté comme un modèle de résilience, est aujourd’hui au bord d’un gouffre politique et social.
La question se pose : qui, entre la junte et les djihadistes, est le plus à même de plonger le pays dans le chaos ? Une chose est sûre, les Maliens, pris en étau entre deux feux, n’ont plus le choix. Leur destin se joue désormais dans une partie où les cartes sont truquées d’avance.