Mali: l’armée et les Russes accusés d’exactions avec les jihadistes

Mali: l’armée et les Russes accusés d’exactions avec les jihadistes

Une enquête d’une organisation non gouvernementale met en lumière une escalade de violences au Mali impliquant l’armée nationale, ses alliés russes et des groupes jihadistes. Depuis la prise de Kidal fin avril, les civils paient un lourd tribut, pris entre les feux croisés et une stratégie d’asphyxie économique.

La chute de Kidal et ses conséquences

Le 25 avril, une offensive conjointe des jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) et des séparatistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) a conduit à la capture de Kidal et à la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara. En réaction, les Forces armées maliennes (FAMa), épaulées par les instructeurs russes d’Africa Corps, ont lancé une contre-offensive intense. Selon les données compilées dans l’enquête, au moins 13 civils ont été tués et 25 blessés lors des affrontements initiaux à Gao et Kidal.

La guerre du carburant : l’économie comme cible

Parallèlement, le Jnim a adopté une tactique de terrorisme économique, imposant des blocus routiers pour asphyxier Bamako. Entre le 6 et le 21 mai, plus de 40 véhicules civils en direction de la capitale ont été interceptés et incendiés. Depuis septembre 2025, les camions-citernes sont systématiquement ciblés, tuant des chauffeurs et perturbant les réseaux de distribution. Cette stratégie prive des régions entières d’électricité et de carburant, provoquant des fermetures d’écoles et l’arrêt des marchés locaux.

À Tonka, dans la région de Tombouctou, l’exécution publique d’un habitant a été ordonnée pour dissuader toute résistance.

  • Jihadistes : blocus des axes routiers entraînant pénuries et inflation.
  • FAMa et forces russes : raids de drones et incursions au sol causant des pertes civiles massives.

Les civils pris pour cibles par l’alliance Bamako-Moscou

Les opérations des FAMa et d’Africa Corps se traduisent par de lourdes pertes civiles, notamment dans le centre du pays où les communautés peules subissent des amalgames violents. Entre le 14 et le 17 mai, 38 civils ont été tués lors d’incursions au sol, dont 23 mineurs.

Les frappes de drones récentes sont particulièrement meurtrières :

  • Guimbé (25 avril) : un bombardement a tué 12 enfants et adolescents.
  • Téné (17 mai) : une frappe a touché une cérémonie de mariage, faisant 10 victimes civiles.

Justifications et absence de dialogue

Interrogé sur la légitimité de ses cibles, le commandement du Jnim a affirmé que les civils visés refusaient de se soumettre à leurs décrets. De son côté, le ministère malien de la Justice est resté silencieux face aux demandes de clarification de l’ONG.

L’appel à une enquête internationale

Ces violations du droit international humanitaire, qui interdit les attaques non sélectives contre les non-combattants, bénéficient d’une impunité quasi totale. Une spécialiste du Sahel interrogée dans le cadre de l’enquête souligne que ce manque de redevabilité historique alimente la tragédie. Sans la mission de surveillance de l’ONU, le Mali s’enfonce dans l’arbitraire. L’organisation exhorte l’Union africaine et les Nations unies à parrainer une mission d’établissement des faits pour recueillir des preuves en vue de futures poursuites pénales.

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