Mali : les autorités face à une escalade des violations des droits humains

Mali : les autorités face à une escalade des violations des droits humains

Mali : les autorités face à une escalade des violations des droits humains

11/05/2026
Communiqué
Mali

Au Mali, l’intensification des violations des droits fondamentaux contre les opposants au régime atteint un niveau alarmant. Enlèvements, disparitions forcées et appels à la violence se multiplient dans un contexte sécuritaire déjà très dégradé. La situation exige une réaction immédiate des autorités pour faire respecter la constitution.

Bamako, mai 2026. Depuis les attaques des 25 et 26 avril dernier, plusieurs figures politiques et dissidents ont été enlevés dans la capitale malienne. Ces disparitions, attribuées à des hommes armés non identifiés circulant en véhicules banalisés, rappellent les méthodes controversées de l’Agence nationale de la sécurité d’État (ANSE). Parmi les victimes figurent Me Mountaga Tall, avocat et militant historique de la démocratie, Moussa Djiré dit Abba, président du mouvement Yiriba 223, et Youssouf Daba Diawara, ancien membre de la Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’imam Mahmoud Dicko (CMAS). Aucune information sur leur lieu de détention n’a été communiquée à ce jour.

Les enlèvements s’inscrivent dans un climat de répression croissante, marqué par l’absence totale d’enquêtes judiciaires malgré les multiples signalements. Les autorités restent silencieuses face à ces agissements, qui rappellent les pratiques controversées de l’ANSE depuis 2021.

« Ces disparitions forcées constituent une nouvelle étape dans la répression des voix critiques au Mali. Les autorités doivent impérativement révéler le sort des personnes enlevées, garantir leur sécurité et ouvrir des enquêtes indépendantes », a déclaré Me Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH. « Les mesures sécuritaires ne peuvent justifier l’abandon de l’état de droit. La lutte contre le terrorisme ne doit pas servir de prétexte à la violation des droits humains. »

Une recrudescence des discours de haine

La FIDH alerte également sur la montée des discours de haine et des appels à la violence en ligne, notamment émanant d’activistes proches du pouvoir. Défenseurs des droits humains, journalistes en exil et leurs familles subissent des menaces de mort, des campagnes de dénigrement et des appels publics à leur déchéance de nationalité. Pourtant, malgré les condamnations du procureur, aucune action judiciaire n’a été engagée contre les auteurs de ces propos.

Lors des obsèques du général Sadio Camara, ministre de la Défense tué lors des attaques d’avril, un membre du Conseil national de transition (CNT) a publiquement appelé à « tuer » et à « déchoir de leur nationalité » les opposants vivant à l’étranger. Ces déclarations illustrent le rétrécissement drastique de l’espace civique depuis les coups d’État de 2020 et 2021, marqué par la dissolution des partis politiques en mai 2025, en violation flagrante de la Constitution.

Les attaques des 25 et 26 avril, revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA), ont causé de nombreuses victimes parmi les civils et les forces armées. La FIDH condamne avec la plus grande fermeté ces exactions, ainsi que les violations du droit humanitaire perpétrées par ces groupes. Elle dénonce également les attaques récentes du JNIM contre des villages de la région de Bandiagara, qui ont fait des victimes civiles le 6 mai dernier. L’organisation réitère son appel à toutes les parties prenantes à respecter les droits humains et le droit international humanitaire, tout en exhortant la communauté internationale à renforcer son engagement pour une résolution durable de la crise au Sahel.

Face à cette situation, la FIDH exige des autorités maliennes qu’elles mettent fin sans délai aux disparitions forcées, aux détentions arbitraires et aux intimidations envers les dissidents. Elle demande également l’ouverture d’enquêtes impartiales sur les appels à la violence et les menaces proférées en ligne.

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