Maroc et États-Unis : ceuta et Sahara occidental au cœur d’une alliance stratégique

Maroc et États-Unis : ceuta et Sahara occidental au cœur d’une alliance stratégique
Vue aérienne de Ceuta

Les relations entre le Maroc et les États-Unis atteignent un niveau d’intensité inédit. Après l’appui officiel de Washington, en 2020, au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental, l’administration américaine semble désormais accorder une attention particulière aux revendications de Rabat concernant les villes de Ceuta et Melilla. Une position qui pourrait redessiner la carte géopolitique de la Méditerranée occidentale et placer l’Espagne face à un défi majeur.

Depuis la fin du mois de juillet, les signes de ce rapprochement se multiplient. Entre le Sahara occidental, les enjeux économiques, la sécurité régionale et désormais les tensions autour de Ceuta et Melilla, les deux pays semblent vouloir renforcer un partenariat devenu incontournable.

Cette dynamique intervient dans un contexte marqué par une crise migratoire sans précédent à Ceuta. En moins de 24 heures, près de 50 000 migrants ont tenté de rejoindre l’enclave espagnole, mettant sous pression le gouvernement de Pedro Sánchez et suscitant des interrogations au sein de l’Union européenne.

Le Sahara occidental, pilier de la diplomatie marocaine

En décembre 2020, l’administration américaine de l’époque avait officialisé son soutien à la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, en échange de la normalisation des relations entre Rabat et Tel-Aviv. Une décision historique qui a bouleversé l’équilibre d’un conflit gelé depuis des décennies entre le Maroc et le Front Polisario.

Six ans plus tard, le Maroc cherche à pérenniser cet avantage diplomatique, notamment face à une administration américaine potentiellement en phase avec ses priorités.

Parmi les gestes symboliques, la nouvelle autoroute reliant Tiznit à Dakhla, baptisée « Donald J. Trump Highway », illustre la volonté de Rabat de maintenir l’engagement américain en sa faveur. « Le Maroc déploie une stratégie pour séduire l’administration américaine, assure un analyste. L’objectif ? Garantir le soutien de Washington au plan d’autonomie, alors que les négociations sur l’avenir du Sahara occidental entrent dans une phase décisive. »

Des intérêts économiques au cœur de l’alliance

La collaboration entre Washington et Rabat ne se limite pas aux enjeux politiques. Fin juillet, l’ambassadeur des États-Unis au Maroc s’est rendu à Laâyoune, au cœur du Sahara occidental, pour signer un accord prévoyant une subvention américaine destinée à la création d’une unité de production d’hydrogène et d’ammoniac.

Pour les observateurs, ce projet reflète la priorité économique de l’administration américaine, toujours en quête de contrats avantageux pour ses entreprises. Le partenariat entre les deux pays repose ainsi sur plusieurs piliers : un soutien politique indéfectible, des opportunités économiques mutuellement bénéfiques, une coopération sécuritaire renforcée et une convergence stratégique autour d’Israël.

Le Polisario dans le collimateur du Congrès américain

Un autre développement inquiète les partisans du Front Polisario. Deux parlementaires américains ont récemment déposé une proposition visant à étudier la possibilité de classer le mouvement indépendantiste sahraoui parmi les organisations terroristes étrangères. Une initiative qui s’inscrit dans un contexte régional marqué par l’affrontement entre Washington et Téhéran.

Selon un expert, aucun élément ne prouve un lien entre le Polisario et l’Iran ou le Hezbollah. « Le Maroc exploite l’atmosphère anti-iranienne actuelle à Washington pour présenter le conflit du Sahara occidental comme un enjeu géopolitique aligné sur les priorités américaines », explique-t-il. « Rabat cherche constamment à lier les conflits impliquant Israël à sa propre confrontation avec le Polisario. »

Ceuta et Melilla, nouveaux terrains de discorde

Le changement le plus significatif concerne cependant les villes de Ceuta et Melilla. Longtemps considérées par Washington comme des territoires espagnols, ces enclaves font depuis peu l’objet de déclarations américaines laissant entendre une position moins tranchée.

« Les États-Unis ont clairement indiqué qu’ils ne considèrent plus Ceuta et Melilla comme des territoires espagnols sans contestation », souligne un analyste. Une évolution qui pourrait s’apparenter à un soutien implicite à la position marocaine, alors que Rabat revendique depuis longtemps la souveraineté sur ces territoires, contrairement à Madrid qui défend leur statut espagnol.

La crise migratoire qui a ébranlé Ceuta

Cette nouvelle donne intervient après une crise migratoire majeure à Ceuta. Des dizaines de milliers de personnes ont tenté de rejoindre l’enclave espagnole, forçant l’intervention massive des forces de sécurité et suscitant l’inquiétude au sein de l’Union européenne.

La question reste débattue : s’agissait-il d’un mouvement spontané ou d’une manœuvre facilitée par les autorités marocaines ? Pour un expert, il est peu probable que la crise ait été entièrement orchestrée par Rabat. « Le phénomène aurait été largement spontané, avant d’être exploité politiquement par le Maroc pour envoyer un message fort à l’Espagne. » Cette crise rappelle ainsi que la question de Ceuta reste un sujet sensible pour le royaume.

Madrid face à un paysage géopolitique bouleversé

Dans ce contexte, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a effectué une visite en Algérie, principal allié régional du Front Polisario, pour renforcer les liens bilatéraux, notamment dans le domaine énergétique. Une initiative qui pourrait être perçue avec méfiance à Rabat, bien qu’elle ne remette pas en cause, selon les observateurs, la position espagnole favorable au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental.

La visite de Sánchez en Algérie ne doit pas être interprétée comme un revirement, mais plutôt comme une tentative de diversifier les partenariats énergétiques de l’Espagne. La crise de Ceuta, elle, relève d’une logique distincte : celle du contentieux territorial entre Madrid et Rabat.

Un risque pour les alliances stratégiques de l’Espagne

Pour l’Espagne, les implications de cette évolution dépassent le cadre bilatéral avec le Maroc. Si Washington venait à adopter une position plus favorable aux revendications marocaines sur Ceuta et Melilla, c’est toute l’architecture sécuritaire de la péninsule Ibérique qui pourrait être ébranlée.

L’Espagne a toujours compté sur ses alliances occidentales, notamment avec les États-Unis et l’OTAN, pour garantir sa stabilité. Un changement d’attitude américain sur ces enclaves pourrait donc ouvrir une période d’incertitude stratégique.

Selon un analyste, la question de la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla pourrait, à terme, être remise en question. « Une crise immédiate n’est pas à prévoir, mais cette évolution crée les conditions d’une renégociation politique de ces territoires dans les années à venir. »

Un trio Washington-Rabat-Madrid sous haute tension

Derrière les déclarations et les manœuvres diplomatiques se profile un nouveau rapport de forces en Afrique du Nord. Le Maroc mise sur son partenariat avec Washington pour obtenir un soutien durable à ses positions sur le Sahara occidental et, désormais, sur Ceuta et Melilla. Les États-Unis, de leur côté, semblent privilégier une approche pragmatique, mêlant intérêts stratégiques et opportunités économiques. Quant à l’Espagne, elle doit désormais composer avec une relation transatlantique potentiellement moins prévisible.

Pour Rabat, cette période représente une fenêtre d’opportunité diplomatique. Pour Madrid, en revanche, elle constitue un défi stratégique sans précédent. Le Sahara occidental et Ceuta, deux dossiers jusqu’alors distincts, pourraient ainsi devenir les piliers d’une même bataille pour l’influence américaine au Maghreb et la reconfiguration des alliances en Méditerranée occidentale.

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