Niger : le dialogue compétitif, trois ans de promesses sans lendemain pour les marchés publics

Niger : le dialogue compétitif, trois ans de promesses sans lendemain pour les marchés publics
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Adopté en septembre 2022 avec fracas, le décret n°2022-743/PRN/PM devait révolutionner la commande publique nigérienne. Son objectif ? Instaurer le « dialogue compétitif » pour moderniser les marchés publics, renforcer la transparence et attirer l’expertise nécessaire aux grands chantiers. Trois ans après, le bilan est accablant : aucun résultat concret n’a été enregistré.

Un dispositif innovant resté lettre morte

Le principe du dialogue compétitif était clair : permettre aux administrations nigériennes de collaborer avec plusieurs candidats sélectionnés pour élaborer des solutions techniques, juridiques ou financières optimisées. Pourtant, dans les faits, ce mécanisme s’est heurté à une réalité implacable.

Les agents de la commande publique, faute de formations adaptées et de guides méthodologiques clairs, ont jugé ce processus trop complexe et peu opérationnel. Résultat ? Les méthodes traditionnelles ont conservé leur hégémonie, tandis que les dérogations sans valeur ajoutée se sont multipliées. Aucun grand projet d’infrastructure n’a bénéficié de cette nouvelle souplesse, et les gains d’efficacité pour le Trésor public sont restés invisibles.

Des blocages structurels évidents

  • Manque de maîtrise technique : Les cadres nigériens n’ont pas été suffisamment outillés pour maîtriser cette procédure, pourtant conçue pour simplifier les échanges entre État et acteurs privés.
  • Préférence pour l’opacité : Les logiques de gré à gré et d’attribution directe persistent, vidant le décret de sa substance.
  • Aucun projet phare concrétisé : Les promesses de transparence et de rationalisation des dépenses sont restées des vœux pieux.

Transparence affichée, pratiques obscures

Le décret de 2022 avait pour ambition affichée de transformer en profondeur la gouvernance des marchés publics. Pourtant, les entreprises locales dénoncent un accès limité aux appels d’offres majeurs et une lenteur administrative persistante. Les rapports d’évaluation et les audits censés mesurer l’efficacité du dialogue compétitif ? Ils n’ont jamais vu le jour.

Plutôt que de créer un écosystème concurrentiel sain, le texte a servi de paravent légal pour donner une image moderne sans changer les pratiques réelles. Les partenaires économiques sérieux perçoivent désormais un climat d’incertitude qui freine l’investissement.

Un cadre juridique devenu contre-productif

Trois ans après son entrée en vigueur, le bilan du décret n°2022-743 est sans appel : aucune optimisation des coûts, aucune réduction de l’opacité, et aucun levier pour l’économie locale. Les entreprises nigériennes, premières destinataires de ce dispositif, n’ont tiré aucun avantage tangible.

Cette réforme, présentée comme un tournant, s’est révélée être un leurre. Le dialogue compétitif, conçu pour dynamiser les marchés publics, n’a été qu’un alibi juridique : une vitrine pour satisfaire les observateurs, sans impact réel sur le terrain.

Les conséquences pour l’économie nigérienne

L’absence de résultats concrets a des répercussions majeures :

  • Dépenses publiques non maîtrisées : La rationalisation des coûts, promesse centrale du décret, n’a pas été au rendez-vous.
  • Confiance érodée : Les investisseurs et entrepreneurs locaux peinent à croire en l’engagement des autorités nigériennes.
  • Report des grands projets : L’absence de solutions adaptées a retardé des initiatives stratégiques pour le développement du pays.

Conclusion : une réforme sans lendemain

Le dialogue compétitif au Niger n’aura été qu’un exercice de style, sans effet sur la réalité des marchés publics. Trois ans après sa mise en place, le décret n°2022-743 s’apparente à une coquille juridique vide, incapable de transformer les pratiques ou d’apporter la moindre valeur ajoutée.

Alors que le Niger cherche à se repositionner sur la scène économique régionale, cette réforme avortée rappelle une vérité simple : les textes ne suffisent pas. Sans une volonté politique réelle et des moyens concrets, même les innovations les plus audacieuses restent des promesses sans lendemain.

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Fanta Ouattara

Éditorialiste