Procès à Bamako : six proches de Bah N’Daw face aux accusations de complot
Six ans après le début de la transition politique au Mali, la justice malienne examine ce mardi un dossier sensible devant les chambres criminelles de la cour d’appel de Bamako. Plusieurs personnalités, présentées comme des proches de l’ancien président de transition Bah N’Daw, comparaissent pour tentative de complot contre le gouvernement. Une affaire qui soulève des questions sur l’indépendance de la justice et les motivations réelles de ces poursuites.
Qui sont les accusés et quelles sont les accusations ?
Parmi les six personnes jugées, trois civils et trois militaires sont poursuivis pour des faits remontant à la période trouble de la transition, entre août 2020 et mai 2021. Le colonel Kassoum Goïta, ancien directeur de la Sécurité d’État, et Kalilou Doumbia, ex-secrétaire général de la présidence, figurent en tête de liste. Ce dernier occupait ce poste clé avant d’être renversé avec Bah N’Daw lors du coup d’État de mai 2021. Les autres accusés incluent un adjudant-chef de la Sécurité d’État, un commissaire de police, un opérateur économique et un marabout.
Les autorités judiciaires n’ont pas détaillé les éléments concrets à l’origine de ces accusations. Pourtant, les six prévenus, détenus depuis 2021, rejettent catégoriquement ces charges. Leurs avocats dénoncent un procès à caractère politique, estimant que leurs clients sont ciblés en raison de leur lien avec Bah N’Daw, figure emblématique de la transition malienne.
Un parcours judiciaire semé d’embûches
L’affaire a connu plusieurs rebondissements depuis son ouverture. En juin 2022, un non-lieu avait été prononcé en faveur de Kalilou Doumbia et de Moustapha Diakité, l’ancien commissaire de police de Kayes. Pourtant, malgré cette décision, ils sont restés derrière les barreaux. En janvier 2023, la cour d’appel a finalement ordonné leur renvoi devant la juridiction criminelle. Depuis, toutes leurs demandes de mise en liberté provisoire ont été systématiquement rejetées.
Les défenseurs des accusés affirment que ce procès vise à donner une apparence de légitimité à des accusations infondées. Ils espèrent que l’audience permettra enfin de faire la lumière sur cette affaire et de rétablir la vérité. Les six prévenus, qui clament leur innocence, seront présents pour répondre aux charges portées contre eux.
Un contexte politique toujours tendu
Cette affaire survient dans un climat politique particulièrement sensible au Mali, marqué par une succession de coups d’État et une transition politique complexe. Les tensions entre les différentes factions au pouvoir et les opposants restent vives. Les avocats pointent du doigt l’absence de transparence dans les procédures judiciaires, soulignant que certains éléments, comme la plainte déposée en décembre 2021 contre le général Modibo Koné, actuel directeur de la Sécurité d’État, n’ont jamais abouti.
Alors que les audiences se poursuivent, l’opinion publique malienne observe avec attention ce procès, qui pourrait redéfinir l’équilibre des forces au sein du pays. Les observateurs s’interrogent : s’agit-il d’une lutte pour le pouvoir déguisée en procédure judiciaire, ou d’une véritable tentative de déstabilisation du gouvernement ? Une chose est sûre, les enjeux sont immenses pour l’avenir politique du Mali.