RDC : la constitution congolaise est fonctionnelle, le problème est humain, selon Prince Epenge
- Politique
- Mercredi 8 juillet 2026 – 07:36
Lors d’un débat animé mardi soir sur Space, animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, Prince Epenge du C64 a vivement contesté les arguments de Christian Lumu, un cadre de l’UDPS, concernant une éventuelle révision constitutionnelle en République Démocratique du Congo. Epenge a réfuté point par point la nécessité de modifier le texte fondamental du pays.
La constitution congolaise : un cadre solide face aux ambitions personnelles
Prince Epenge a mis en lumière ce qu’il perçoit comme une incohérence dans le discours de l’UDPS. Il a souligné que le parti vante un bilan positif tout en critiquant sévèrement la constitution actuelle. Pour lui, la fonction première d’une constitution est de « structurer l’accès au pouvoir, son exercice et sa transmission », et non de « servir des visées personnelles ». Il a également reproché à Christian Lumu de ne pas avoir clairement identifié les « réalités » spécifiques qui justifieraient une telle réforme.
Déclaration de guerre et verrouillage constitutionnel : des arguments contestés
Abordant l’argument des « procédures complexes » qui entraveraient une déclaration de guerre rapide, Prince Epenge a cité les propres déclarations du président Félix Tshisekedi. Il a rappelé les propos du chef de l’État : « une seule balle, pas deux, une seule et je déclare la guerre », questionnant si le Président ignorait alors la prétendue lourdeur constitutionnelle. Il a ironisé en demandant si Christian Lumu se considérait « plus perspicace que son père Félix Tshisekedi ».
Le point crucial de son intervention a concerné l’article 220 de la Constitution congolaise, qui sanctuarise la forme républicaine de l’État. Prince Epenge a affirmé qu’une tentative de révision de cet article ouvrirait la porte à une dérive monarchique. Il a averti : « dans une république, nul ne peut exercer une part de pouvoir sans l’aval du peuple. Par contre, dans un royaume, la succession est d’ordre monarchique ». Il a conclu avec détermination : « nous sommes prêts à nous battre jusqu’à notre dernière goutte de sang pour préserver la forme républicaine de l’État ».
Selon Prince Epenge, l’unique motivation derrière la volonté de l’UDPS de réviser la constitution est le « maintien au pouvoir de monsieur Félix Tshisekedi ».
Fort de sa formation de politologue à l’Université de Kinshasa, il a défendu la constitution comme un « compromis » historique issu des accords de Sun City. Ce texte visait à résoudre des débats de longue date sur la forme de l’État (fédéral ou unitaire) et le régime politique (présidentiel ou parlementaire). Il a rappelé le référendum de 2005, approuvé « à 61% des voix, avec un taux de participation supérieur à 84% ». Il a également souligné une contradiction : « l’Union sacrée est majoritairement composée d’anciens belligérants. Pourtant, vous affirmez que le bilan est positif avec ces mêmes acteurs ».
Dans un échange incisif, Prince Epenge a mis Christian Lumu au défi de nommer « cinq articles précis » de la constitution qui empêcheraient le président Tshisekedi de garantir l’accès à l’eau ou à l’électricité, de déclarer la guerre, ou d’octroyer des bourses d’études. Il a également dénoncé des pratiques de gouvernance qu’aucun texte ne saurait justifier : « quand les fonds publics affluent […] on les partage entre nous, et les miettes au peuple. Est-ce la constitution qui a inspiré une telle mafia ? »
Prince Epenge a qualifié la démarche de l’UDPS de « suicidaire, fratricide » et a mis en garde contre un risque de « balkanisation du pays ». Il a averti qu’une révision constitutionnelle à chaque alternance politique transformerait la RDC en un pays « avec une nouvelle constitution tous les cinq ou dix ans ». Il a cité en référence les « treize parlementaires » qui, sous Mobutu, avaient dénoncé la concentration des pouvoirs, ainsi que le cardinal Mossengo qui, en 2016, avait déclaré que « les médiocres dégagent », pour conclure : « la constitution congolaise est opérationnelle, elle est fonctionnelle. Le problème, c’est l’homme. »