RDC-Rwanda : le processus de paix s’enlise, Washington sans stratégie claire
Jason Stearns, professeur associé à l’université Simon Fraser, a récemment déclaré que les efforts de paix entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda sont actuellement « dans l’impasse ». Il a souligné que les initiatives diplomatiques, qu’il s’agisse des pourparlers de Doha-Montreux ou des médiations menées par Washington, n’ont pas abouti à des avancées concrètes au cours de la dernière année.
Les négociations de Montreux : des désaccords persistants
Selon Jason Stearns, les discussions tenues à Montreux n’ont pas engendré de changements significatifs. Il a constaté que des divergences majeures persistent entre les autorités congolaises et la coalition AFC/M23, empêchant toute progression.
Concernant l’accord conclu entre Kinshasa et Kigali sous l’égide de Washington, l’expert a admis que de nombreux protocoles ont été paraphés, mais que leur application concrète représente un défi majeur. Il a tracé un parallèle avec l’approche diplomatique américaine sur d’autres fronts, comme le dossier iranien, suggérant que l’administration Trump, bien qu’active diplomatiquement, risquait de se limiter à des « déclarations éloquentes et des mémorandums d’entente » (MOU) sans avancer réellement sur le terrain. L’enjeu fondamental, à ses yeux, demeure de transcender ces cadres formels pour parvenir à un véritable compromis, dont la nature reste, selon lui, indéfinie.
La nature du compromis : un enjeu récurrent
Jason Stearns a souligné que la substance du compromis entre Kinshasa et Kigali demeure inchangée par rapport aux ententes antérieures, y compris l’accord global et inclusif de 2003. Ce « même arrangement » prévoit le retrait des forces rwandaises en échange d’un engagement ferme de la RDC à neutraliser les FDLR. Cependant, la concrétisation de cet accord progresse à un rythme très lent.
Concernant le M23, l’analyste a observé une absence totale de terrain d’entente. Alors que la partie congolaise privilégie toujours une résolution militaire, le mouvement rebelle, de son côté, affiche son intention de maintenir sa présence pour une décennie supplémentaire. Cette divergence fondamentale conduit l’expert à une conclusion pessimiste : le succès est encore « très, très lointain ».
Les facteurs expliquant l’absence de résultats
Interrogé sur les origines de cette stagnation, Jason Stearns a d’abord mis en lumière une contribution notable de l’administration Trump, distincte des médiations précédentes : l’application d’une pression concrète, qu’il estimait absente auparavant. Il a affirmé que les sanctions imposées au Rwanda sont « plus agressives que jamais », surpassant même celles appliquées depuis le début des conflits majeurs congolais en 1996.
Néanmoins, il a pointé du doigt deux lacunes fondamentales. Premièrement, un manque de cohérence au sein de la communauté internationale : Washington impose des sanctions au Rwanda sans l’appui des nations européennes, pourtant des contributeurs financiers majeurs pour Kigali. Pour illustrer ce décalage, il a noté que le président rwandais Paul Kagame continue de conclure des partenariats, y compris avec des clubs de basket-ball américains, ce qui, à ses yeux, ne dépeint pas une figure réellement acculée par la pression internationale.
Deuxièmement, l’absence d’une stratégie globale bien définie. Selon des sources diplomatiques américaines citées par Jason Stearns, Washington n’envisage pas de solution militaire, une position qu’il approuve. Cependant, la stratégie de compromis qui devrait accompagner la pression exercée sur Kigali demeure, à son avis, insuffisamment articulée.
La proposition de compromis rejetée à Montreux
Le chercheur a également révélé que des diplomates américains auraient soumis à Montreux une proposition de compromis « floue » entre le M23 et la RDC, qui n’a jamais été rendue publique. Cette offre aurait envisagé une « intégration partielle » pour le mouvement rebelle, selon l’interprétation de Stearns, qui a néanmoins précisé ne pas avoir consulté le texte exact de l’accord. Cette proposition aurait été refusée par les deux camps.
En conclusion, Jason Stearns a jugé qu’une pression diplomatique comparable sur Kinshasa fait cruellement défaut aujourd’hui. Il a affirmé que la RDC n’a, à ce jour, « pas réellement été soumise à une pression diplomatique des États-Unis », contrairement à ce qui a été exercé sur le Rwanda.