Reconstruction de la Sonara : entre effet d’annonce et réalités économiques au Cameroun
Sept ans après le terrible incendie qui a ravagé ses infrastructures, la Sonara tente de rassurer sur son avenir. Ce lundi 29 juin 2026, la direction générale a officiellement annoncé une phase de renaissance pour la société nationale de raffinage. Cependant, cette déclaration solennelle soulève de nombreuses interrogations sur la réalité des avancées concrètes du projet de réhabilitation.
Un plan de financement encore incertain
Alors que l’opinion publique attendait la signature d’accords stratégiques avec des partenaires financiers solides, la rencontre ministérielle s’est concentrée sur l’évaluation des coûts de reconstruction. Le modèle retenu, baptisé Design-Build-Finance-Maintain (DBFM), prévoit d’intégrer la conception, la construction, le financement et l’entretien des installations. Néanmoins, le processus semble encore à un stade préliminaire, loin de la mobilisation effective des capitaux nécessaires pour un chantier de cette envergure.
La Sonara face au succès de la raffinerie de Kribi
Cette offensive de communication survient dans un contexte particulier. Récemment, le secteur privé camerounais a salué les progrès de la nouvelle raffinerie de Kribi, un projet piloté par la SNH sous l’impulsion de Nathalie Moudiki. La comparaison entre les deux structures est inévitable, d’autant plus que la Sonara met désormais en avant une unité d’hydrocraqueur pour traiter le brut local, une technologie déjà intégrée dans le projet concurrent de Kribi.
Des enjeux politiques et de souveraineté
Certains observateurs y voient une tentative de séduction auprès du président Paul Biya, au moment où l’exécutif évalue l’efficacité des hauts responsables nommés pour accompagner le développement du pays. Parallèlement, des critiques visent le projet de la SNH, créant une atmosphère de tension entre les différents acteurs du secteur énergétique national.
Leçons régionales et opportunités manquées
L’histoire de la réhabilitation de la Sonara est marquée par des rendez-vous manqués. En 2020, une offre de modernisation proposée par le groupe russe Lukoil n’avait pas été retenue par le gouvernement. Aujourd’hui, alors que des pays comme l’Angola, la Zambie ou l’Ouganda s’appuient sur des partenariats internationaux, notamment avec la Chine ou la Russie, pour développer leurs capacités de raffinage, le Cameroun semble encore chercher sa voie.
L’exemple du Nigeria voisin, avec la raffinerie privée de Dangote qui transforme une part majeure de la production nationale, interroge également sur le modèle de gestion à adopter pour garantir la souveraineté énergétique du pays face aux importations massives.