Sénégal : l’État passe au crible 25 infrastructures inutiles pour booster ses finances

Sénégal : l’État passe au crible 25 infrastructures inutiles pour booster ses finances

L’État du Sénégal a lancé une vaste opération de rationalisation du patrimoine public en ciblant vingt-cinq infrastructures livrées mais totalement inutilisées. Ces actifs, d’une valeur globale de 279 milliards de francs CFA, constituent un poids mort pour les finances publiques, immobilisant des ressources sans générer le moindre retour économique ou social. Ce diagnostic met en évidence un dysfonctionnement structurel dans la gestion des projets publics, où l’écart entre livraison et exploitation effective reste criant.

Audit des actifs dormants : une méthode rigoureuse

Cette initiative s’inscrit dans une démarche exhaustive d’évaluation des biens de l’État. Les équipes chargées du recensement ont isolé les ouvrages achevés mais non opérationnels, qu’il s’agisse de bâtiments administratifs, d’équipements sectoriels ou de structures à vocation économique. Ces actifs, privés de toute exploitation, engendrent des coûts récurrents (entretien, gardiennage) tout en subissant une dégradation accélérée faute d’occupation. L’objectif ? Réintégrer ces infrastructures dans le circuit productif ou administratif via des solutions adaptées : redéploiement, mutualisation entre administrations ou partenariats publics-privés.

L’analyse fine de chaque infrastructure révèle des causes récurrentes de non-utilisation : absence de budget de fonctionnement, bâtiments livrés sans affectation définie, ou encore absence de planification logistique pour leur mise en service. Ces lacunes soulignent les failles dans la chaîne de gestion des projets, de la conception à l’exploitation.

Un levier contre la pression budgétaire

Le lancement de cet audit coïncide avec une période charnière pour le gouvernement, élu en 2024, qui a érigé la transparence financière et la maîtrise des dépenses en priorités politiques. Mobiliser 279 milliards de francs CFA déjà engagés revient à dégager des marges de manœuvre budgétaires sans recourir à un nouvel endettement, dans un contexte où le service de la dette pèse lourdement sur les comptes publics. Cette démarche s’inscrit dans la continuité des audits critiques menés sur les contrats publics et les entités parapubliques, reflétant une volonté de valoriser l’existant avant d’envisager de nouveaux investissements.

Cette approche rejoint les préconisations répétées de la Cour des comptes, qui met en garde depuis plusieurs années contre les faiblesses du pilotage post-livraison dans la commande publique sénégalaise. Elle illustre aussi la réponse du gouvernement à la dépendance aux financements extérieurs, en privilégiant l’optimisation des ressources disponibles.

Vers une gouvernance plus efficace des projets

Au-delà du montant des actifs concernés, ce diagnostic interroge la gouvernance des projets d’infrastructure. La livraison d’un ouvrage ne marque pas la fin du processus, mais le début de son utilité économique. Pourtant, le séquençage entre conception, financement, réalisation et exploitation reste souvent cloisonné entre plusieurs ministères et agences, créant des zones d’ombre. Les institutions financières internationales soulignent depuis longtemps l’importance de clarifier les responsabilités à chaque étape, de l’étude de faisabilité à la mise en service.

Pour les vingt-cinq infrastructures concernées, plusieurs pistes sont envisagées. Certaines pourraient être attribuées à des administrations actuellement contraintes de louer des espaces privés, générant des économies immédiates. D’autres pourraient faire l’objet de cessions ou de concessions à des opérateurs privés, sous réserve de cahiers des charges stricts. Une troisième option consisterait à combler les lacunes identifiées — équipements manquants, recrutements, raccordements — pour activer le service initialement prévu. Les décisions seront prises au cas par cas, en fonction des arbitrages budgétaires à venir.

Cette opération de remise en service des actifs publics représente un test de crédibilité pour l’administration sénégalaise. Sa réussite dépendra de la publication régulière d’un état d’avancement et de la mise en place d’indicateurs transparents. Le Sénégal pourrait ainsi servir d’exemple pour d’autres pays de la sous-région, où le phénomène des infrastructures fantômes grignote la rentabilité des investissements publics.

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