En 2025, le Cameroun a consacré 1 101 milliards de francs CFA (1,896 milliard de dollars) au remboursement de sa dette extérieure, un montant en hausse de 12,3 % par rapport à 2024. Cette pression budgétaire, révélée par le International Debt Report 2026, soulève des questions sur la santé financière du pays et ses capacités d’investissement. Les dépenses de remboursement se sont alourdies sous l’effet des amortissements en capital, qui ont progressé de près de 20 %, tandis que les intérêts, eux, ont légèrement diminué. L’encours total de la dette extérieure atteint désormais 17,57 milliards de dollars, soit près de 9 812 milliards de francs CFA.
Des remboursements record qui pèsent sur les finances publiques
Le ratio du service de la dette extérieure par rapport aux recettes d’exportation a atteint 22,1 % en 2025, contre 19,1 % un an plus tôt. Cette hausse s’explique notamment par la baisse des recettes extérieures, en recul de 2,9 % à 8,57 milliards de dollars. La production pétrolière, en déclin structurel depuis les années 2010, ainsi que des cours moins favorables pour le cacao et le bois, ont contribué à cette contraction. Pourtant, ces secteurs restent les principaux pourvoyeurs de devises pour le pays.
Le pic des remboursements de 2025 découle en partie des engagements souscrits au début des années 2010, notamment pour financer des infrastructures majeures comme le port de Kribi, le barrage de Memve’ele ou encore le réseau routier. Les eurobonds émis en 2015 et refinancés en 2021 arrivent également à échéance, ajoutant une pression supplémentaire sur les finances publiques. Côté multilatéral, les remboursements au FMI ont augmenté de 54 %, reflétant les facilités accordées pendant la crise sanitaire.
Un appauvrissement des flux de financement extérieur
En 2025, les nouveaux financements extérieurs nets ont reculé de 32,8 %, s’élevant à seulement 624 millions de dollars. Après déduction des intérêts, les transferts nets ne représentent plus que 113 millions de dollars, soit une chute vertigineuse de 71,5 % en un an. Ce reflux transforme la dette extérieure en un poids net plutôt qu’en une ressource pour le budget. Comparé à d’autres pays de la CEMAC comme le Gabon ou le Congo-Brazzaville, le Cameroun reste le plus exposé en volume absolu.
Cette raréfaction des devises se répercute directement sur les dépenses d’investissement. Les données du premier trimestre 2026 montrent un recul de 27,7 % des dépenses publiques d’équipement par rapport à la même période en 2025. Cette situation s’inscrit dans le cadre d’un programme de consolidation budgétaire négocié avec le FMI, alors que le service combiné de la dette intérieure et extérieure devrait atteindre plus de 600 milliards de francs CFA en 2026 sur le marché régional des titres publics.
2026-2027 : Une période charnière pour le Cameroun
Selon le International Debt Report 2026, le Cameroun reste classé à haut risque de surendettement, malgré une dette extérieure globalement gérable à moyen terme. Avec un encours représentant 30,3 % du revenu national brut mais 205,1 % des recettes extérieures, la vulnérabilité du pays réside moins dans le poids de sa dette que dans sa capacité à mobiliser des devises pour honorer ses engagements.
L’année 2026 s’annonce comme un tournant pour le pays. Le changement de leadership à la tête de l’État, après plus de quarante ans de pouvoir, coïncide avec une période où chaque franc consacré au remboursement des dettes limite les marges de manœuvre pour les dépenses sociales, salariales et sécuritaires. La capacité à renégocier certains prêts bilatéraux, à relancer les émissions de titres sur le marché régional de la BEAC et à diversifier l’assiette fiscale non pétrolière sera déterminante pour le prochain gouvernement.