Tchad : les vendeuses ambulantes, entre liberté et précarité des enfants

Tchad : les vendeuses ambulantes, entre liberté et précarité des enfants

Tchad : les vendeuses ambulantes, entre liberté et précarité des enfants

Dans les rues de N’Djamena, Moundou ou Abéché, une révolution silencieuse se joue. Des femmes, foulards colorés et paniers débordants, s’imposent comme des figures incontournables des marchés tchadiens. Leur combat ? Assurer leur survie et celle de leur famille, souvent au détriment de l’avenir de leurs enfants.

vendeuses ambulantes au Tchad

Des marchés tchadiens aux mains des femmes

Dès l’aube, les allées des villes tchadiennes s’animent sous les cris des marchandes. Mangues juteuses, galettes fumantes ou tissus chatoyants : leurs étals attirent une clientèle toujours plus nombreuse. Aïcha, 32 ans, porte sa benjamine dans un pagne tandis qu’elle vante ses arachides grillées. « Avant, je dépendais de mon mari. Aujourd’hui, je gagne ma vie », confie-t-elle entre deux négociations. À ses côtés, Fanta surveille son fils de cinq ans, assis dans la poussière, tandis que ses galettes dorent sur un feu de fortune. Ces femmes, autrefois cantonnées aux foyers, investissent désormais l’espace public avec une détermination nouvelle. Leur présence croissante dans les rues de N’Djamena et d’ailleurs reflète une quête d’autonomie économique, mais aussi une réalité sociale en mutation.

Les enfants, victimes collatérales de cette indépendance

Derrière chaque stand, une ombre se profile : celle des enfants. Certains, à peine assez grands pour marcher, traînent des seaux d’eau ou mendient quelques pièces. D’autres, épuisés, s’assoupissent près des braseros où grillent les beignets. Un témoignage glaçant vient de Abéché : un garçon de sept ans, chargé d’un récipient d’eau, hurlait « un franc ! » tandis que sa mère discutait un kilo de mil. L’école ? Un luxe inaccessible pour beaucoup. Les devoirs s’effacent devant la survie quotidienne, et les rêves d’enfance se noient dans les ruelles poussiéreuses.

Un équilibre précaire entre émancipation et précarité

Ces femmes se battent pour leur liberté, mais à quel prix ? Leur courage force l’admiration, mais leur combat laisse peu de place aux plus vulnérables. Les enfants, souvent réduits à des rôles d’aide ou de gagne-pain, paient le lourd tribut de cette autonomisation féminine. Entre les mains des mères, l’avenir des petits semble se jouer dans l’ombre des étals. Et si cette indépendance, si chèrement acquise, creusait un peu plus les inégalités de demain ?

Une question persiste : dans cette course vers l’émancipation, qui veille sur l’enfance tchadienne ?

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