Togo : l’ambition coûteuse d’un rail fantôme entre Lomé et adétikopé
Le Togo mise sur un investissement de 200 millions de dollars pour relier le Port de Lomé à la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA), un projet présenté comme un levier de croissance et une vitrine du développement économique national. Pourtant, derrière cette promesse d’infrastructures ambitieuses se cachent des réalités bien moins reluisantes. Si la Banque mondiale a validé ce financement, sa pertinence économique et sa faisabilité administrative soulèvent de sérieuses interrogations.
Un projet ferroviaire entre mirage économique et stratégie politique
Le tracé ferroviaire envisagé entre Lomé et Adétikopé ne dépasse pas trente kilomètres, une distance qui interroge sur la viabilité réelle de ce mode de transport. En effet, les ruptures de charge nécessaires entre rail et route risquent d’alourdir les coûts logistiques, rendant le transport par camion plus compétitif. Malgré ces incohérences, le projet séduit les institutions internationales en mettant en avant un modèle de transport multimodal. Mais cette approche relève davantage d’une opération de communication qu’une solution technique et économique durable.
Des ambitions bridées par une gouvernance à la dérive
La réussite d’un tel chantier dépend avant tout de la qualité des équipes chargées de le superviser. Or, l’administration togolaise, souvent pointée du doigt pour ses pratiques clientélistes et son manque de professionnalisme, peine à s’imposer comme un acteur crédible. Les recrutements se font davantage sur des critères d’allégeance politique que sur des compétences avérées, et les cadres disponibles peinent à répondre aux exigences rigoureuses des financeurs internationaux. Résultat : un risque élevé de détournements, de surfacturations et d’exécution bâclée, transformant ce projet en une source de profits pour quelques privilégiés plutôt qu’en un levier de développement pour le pays.
Une dette souveraine aux conséquences imprévisibles
Les 200 millions de dollars empruntés à la Banque mondiale ne sont pas une subvention, mais une dette que les Togolais devront rembourser. Si le rail reste à l’abandon faute de maintenance, si les transporteurs le boudent en raison de coûts prohibitifs, ou si l’administration échoue à en assurer la gestion, le Togo se retrouvera avec une infrastructure inutile et une dette abyssale. Cette stratégie de l’affichage pourrait bien plonger le pays dans une spirale de dépendance financière, où les promesses non tenues se paieront au prix fort.
Réformer l’administration avant de construire des rails
Plutôt que de se contenter de poser des rails, le gouvernement togolais ferait mieux de se pencher sur l’essentiel : la refonte de ses institutions. Sans une administration compétente, transparente et indépendante des réseaux d’influence, aucun projet, aussi ambitieux soit-il, ne pourra aboutir. L’argent ne suffit pas à bâtir un avenir économique solide. Il est urgent de moraliser la gestion publique avant de s’engager dans des dépenses pharaoniques qui risquent de laisser le pays exsangue.