Vie chère au Sénégal : la mobilisation des paniers vides s’étend

Vie chère au Sénégal : la mobilisation des paniers vides s’étend

La grogne contre la hausse des prix a pris une nouvelle ampleur ce samedi à Dakar. Née sur les réseaux sociaux, l’initiative « 30 Jours pour le Juste Prix » compte bien maintenir la pression sur les autorités face à l’augmentation du coût des denrées, des loyers et de l’électricité.

Le 5 septembre, plusieurs dizaines de manifestants ont défilé dans la capitale sénégalaise pour la « Marche des paniers vides ». Partis du quartier des Castors, ils ont rejoint le rond-point Jet-d’Eau, portant des paniers, des bols et des ustensiles de cuisine vides, symboles de leurs difficultés à boucler les fins de mois.

Un mouvement né en ligne

Quelques jours avant cette marche, des consommateurs et créateurs de contenus ont lancé sur Internet la campagne « 30 Jours pour le Juste Prix ». Ils dénoncent la cherté de la vie et exigent des mesures concrètes pour renforcer le pouvoir d’achat. Selon des informations relayées, plus de 3 000 personnes avaient déjà rejoint le mouvement avant la manifestation, qui appelle aussi au boycott progressif des produits jugés trop onéreux.

L’influenceur Bathie Drizzy, co-initiateur de l’initiative, a tenu à préciser après la marche que celle-ci était apolitique. « Aucun acteur politique n’est derrière nous », a-t-il affirmé, soulignant que l’objectif est d’interpeller les pouvoirs publics sur les difficultés du quotidien.

Des prix qui suscitent la colère

La campagne s’appuie sur des exemples concrets. Le prix de la viande a notamment flambé : le kilogramme de bœuf, annoncé autour de 4 000 francs CFA, se négocie désormais jusqu’à 5 500 francs CFA, tandis que le mouton peut atteindre 7 000 francs CFA dans certains points de vente. Ces chiffres, rapportés par des médias locaux, ne constituent pas une moyenne nationale officielle, mais illustrent une tendance à la hausse.

Au-delà de l’alimentation, les manifestants pointent du doigt les loyers, l’électricité – avec le système de prépaiement Woyofal – et les autres charges du quotidien. Cette diversification des revendications donne au mouvement une portée qui dépasse la simple contestation des prix de quelques produits.

Des réactions politiques

La marche a provoqué des réactions dans le camp présidentiel. Aldiouma Sow, présenté comme conseiller du président Bassirou Diomaye Faye, a vivement critiqué la mobilisation sur Facebook. Il a appelé les jeunes à privilégier le travail et dénoncé un « messianisme populiste ». Cette prise de position, bien que non officielle, montre que le sujet commence à peser dans le débat politique.

Le gouvernement, de son côté, a déjà inscrit le pouvoir d’achat, les prix et les loyers parmi ses priorités. Le Conseil des ministres du 2 septembre a demandé de renforcer les mécanismes de contrôle des prix et d’accélérer la régulation des loyers. La rue et les annonces officielles se retrouvent donc sur le même terrain : celui du budget des ménages.

Une mobilisation qui compte durer

Les organisateurs ne considèrent pas cette marche comme un acte isolé. Le collectif « 30 Jours pour le Juste Prix » a salué la participation et annoncé la poursuite de ses actions. Reste à savoir si cette campagne parviendra à s’imposer durablement dans le débat public et à obtenir des réponses concrètes.

Pour l’instant, le mouvement est principalement porté par des citoyens et des acteurs du web. Il ne s’agit pas encore d’une mobilisation nationale structurée, mais son potentiel est réel. En touchant à l’alimentation, au logement, à l’électricité et au pouvoir d’achat, il concerne une large frange de la population. La question posée par les « paniers vides » est simple : combien coûte aujourd’hui la vie d’un ménage sénégalais, et que peut faire le gouvernement pour la rendre plus abordable ?

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