Alliance des États du Sahel : les juntes militaires tournent le dos à leurs alliés civils
En janvier 2026, le gouvernement dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré au Burkina Faso a acté la fin de toute activité politique partisane en dissolvant l’intégralité des formations politiques, y compris celles qui avaient initialement soutenu son coup d’État de 2022. Cette décision, présentée comme une étape vers une « restructuration » de l’État visant à réduire les tensions sociales, marque en réalité un durcissement du pouvoir militaire et une suppression des dernières marges de participation citoyenne autonome.
Les biens des partis dissous ont été confisqués par l’État, confirmant la volonté des autorités de concentrer l’ensemble des leviers de décision. Si la junte avait bénéficié d’un soutien populaire enthousiaste au départ, cette mesure illustre un revirement flagrant par rapport au discours initial de mobilisation révolutionnaire et d’inclusion. Pourtant, cette évolution s’inscrit dans une logique prévisible, observable dans toute la région du Sahel et au-delà.
Les coups d’État qui émergent avec l’appui de la société civile voient souvent leurs alliés politiques rapidement écartés une fois le pouvoir consolidé. Les groupes civils, bien que utiles pour légitimer les prises de pouvoir par leur mobilisation et leur légitimité apparente, deviennent des obstacles dès qu’ils revendiquent une influence durable. Leur indépendance, leurs revendications et leurs attentes en matière de transition s’opposent aux intérêts des juntes, qui privilégient une mainmise exclusive sur le pouvoir.
Les civiles et les juntes militaires : une alliance éphémère
Contrairement aux idées reçues, les coups d’État militaires recueillent souvent un soutien actif de la population civile, parfois même encouragé par des partis politiques, des mouvements sociaux ou des figures religieuses. Cette dynamique a été particulièrement marquée lors de la récente vague de prises de pouvoir en Afrique, notamment au Mali, au Niger et au Burkina Faso, où les interventions militaires ont été saluées comme des solutions aux crises politiques.
Pour les leaders des coups d’État, ces alliances offrent une légitimité immédiate et une base de soutien mobilisable. Cependant, une tendance récurrente se dessine : une fois le pouvoir stabilisé, les juntes écartent, marginalisent ou répriment leurs anciens alliés, craignant leur capacité à contester leur autorité. Cette logique, observable depuis des décennies, transcende les contextes idéologiques et géographiques.
Un exemple historique marquant est celui du Soudan en 1969, où le Parti communiste avait initialement soutenu les Officiers libres, avant d’être violemment réprimé par le colonel Jaafar Nimeiri. De même, en Égypte en 2013, le mouvement Tamarod, qui avait légitimé le coup d’État du général Abdelfattah el-Sisi, a vu son influence s’évanouir à mesure que l’espace civique se réduisait. Ces cas illustrent une règle commune : le soutien initial ne garantit en rien une influence durable.
Le Mali et la Guinée : des scénarios similaires de trahison politique
Au Mali, le Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), une coalition d’opposition incluant des partis, des religieux et des militants menés par l’imam Mahmoud Dicko, avait activement soutenu le coup d’État d’août 2020 contre Ibrahim Boubacar Keïta. Le mouvement espérait jouer un rôle clé dans la transition, mais a rapidement été écarté par la junte du colonel Assimi Goïta. Son influence a encore diminué après le second coup d’État de mai 2021, lorsque Goïta a consolidé son emprise sur le pouvoir en excluant définitivement ses anciens alliés.
En Guinée, les partis d’opposition avaient également salué le coup d’État du général Mamady Doumbouya en 2021, espérant contribuer à la transition. Pourtant, la junte a rapidement marginalisé ces acteurs, allant jusqu’à arrêter des membres de partis pour avoir critiqué leur exclusion. Comme au Mali, ce scénario révèle une réalité implacable : les juntes militaires ne partagent pas volontiers leur pouvoir.
Dans ce contexte, la dissolution des partis au Burkina Faso s’inscrit dans une tendance lourde. L’enthousiasme initial des civils, perçu comme un mandat durable, ne résiste pas à l’installation des juntes au pouvoir. Leur exclusion ou leur répression devient inévitable dès qu’ils menacent l’autorité exclusive des militaires.