Assimi goïta : le Mali face à la concentration du pouvoir et à la crise sécuritaire
Assimi Goïta, président et ministre de la Défense : le Mali au bord du précipice sécuritaire
En cumulant officiellement les fonctions de Président de la République et de ministre de la Défense, le Colonel Assimi Goïta franchit une étape supplémentaire dans la concentration du pouvoir à Bamako. Cette décision, loin d’être anodine, révèle une stratégie de survie politique dans un contexte où l’armée malienne accumule les revers stratégiques.
Entre la perte de Kidal, tombée aux mains du JNIM et de la CMA/FLA, et l’efficacité contestée des forces russes (ex-Wagner), le Mali s’enfonce dans une crise multidimensionnelle. Ce cumul de mandats interroge : peut-on sérieusement croire qu’un seul homme puisse piloter à la fois la diplomatie, la gestion étatique et les opérations militaires d’un pays en guerre ?
La chute de Kidal : un échec symbolique et tactique
Il y a peu, les autorités célébraient encore la « libération » de Kidal comme un symbole de souveraineté retrouvée. Aujourd’hui, la réalité est toute autre : la ville, verrou essentiel du Nord malien, est repassée sous le contrôle des groupes armés. Ce revers n’est pas anodin : il illustre l’incapacité des forces maliennes à maintenir leurs positions, malgré le soutien russe et les discours de « montée en puissance ».
Les raisons de cet échec sont multiples : absence d’administration civile, vide sécuritaire, et une stratégie djihadiste de plus en plus sophistiquée. Le JNIM, en particulier, a su exploiter les faiblesses logistiques des armées régulières, transformant des victoires éphémères en défaites cuisantes. Les populations locales paient le prix fort : insécurité chronique, exactions, et un avenir plus incertain que jamais.
L’alliance russe : une solution qui montre ses limites
Le partenariat avec la Russie, matérialisé par les mercenaires de Wagner (désormais intégrés à l’Africa Corps), était censé offrir une alternative « souveraine » aux anciennes puissances coloniales. Pourtant, les résultats peinent à convaincre : si les paramilitaires russes sont déployés sur les fronts les plus dangereux, leur approche « terre brûlée » radicalise davantage les populations et alimente le recrutement jihadiste.
Les rapports sur les violations des droits humains se multiplient, tandis que l’efficacité opérationnelle des forces maliennes reste médiocre. Les embuscades meurtrières se succèdent, révélant des lacunes tactiques criantes. Dans ce contexte, la question se pose : la Russie, déjà engagée dans un conflit prolongé en Ukraine, peut-elle vraiment fournir au Mali l’appui aérien et technologique nécessaire pour contrer la mobilité du JNIM ? Rien n’est moins sûr.
L’isolement diplomatique du Mali : un pari risqué
En quittant la CEDEAO pour fonder l’Alliance des États du Sahel (AES), Bamako a choisi la voie de l’autonomie sécuritaire. Pourtant, cette stratégie d’isolement s’avère contre-productive : les frontières sont poreuses, et le terrorisme ne connaît pas de limites administratives.
En se coupant des mécanismes de coopération régionale, le Mali se prive de renseignements cruciaux et de soutiens logistiques essentiels. La concentration du pouvoir entre les mains d’Assimi Goïta est perçue par les pays voisins comme un durcissement autoritaire, rendant tout dialogue encore plus difficile. Résultat : le Mali se retrouve dans une impasse géopolitique, où il cherche à affirmer sa souveraineté par les armes… tout en dépendant de forces extérieures opaques.
Vers un enlisement total ? Les risques d’un pouvoir concentré
Pour les populations du Centre et du Nord malien, la situation est critique. Les attaques contre les civils et les militaires sont devenues quasi quotidiennes, et l’insécurité ne cesse de progresser. Le nouveau « Président-Ministre de la Défense » mise tout sur une stratégie de fermeté, mais les signes d’essoufflement se multiplient.
L’histoire africaine regorge d’exemples où la concentration excessive du pouvoir a conduit à des crises majeures. Si la situation ne s’améliore pas rapidement, le mécontentement social, aujourd’hui contenu par une répression accrue, pourrait exploser. Pour éviter l’effondrement, le Mali doit impérativement repenser sa stratégie : la force brute et les alliances mercenaires ont montré leurs limites. Sans une gouvernance inclusive et une véritable reconquête sociale des territoires, le sabre d’Assimi Goïta risque de s’émousser face à la résilience des groupes armés.
L’heure n’est plus aux discours triomphalistes, mais à un réalisme politique urgent. Car au-delà des titres et des uniformes, c’est la survie même de l’État malien qui se joue sur les champs de bataille du Nord.