Au cœur du Mali : une attaque jihadiste met à l’épreuve la souveraineté nationale
Les Forces armées maliennes (FAMa) ont été la cible d’une offensive majeure menée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), la principale coalition jihadiste sahélienne affiliée à Al-Qaïda. Cette attaque, survenue un dimanche de début août, a frappé un camp militaire stratégique au cœur du Mali. Elle s’inscrit dans une série d’opérations revendiquées par cette mouvance, soulignant les défis persistants des autorités de transition pour assurer la sécurité des vastes régions rurales du pays.
Une escalade des offensives contre les FAMa
La garnison attaquée se situe dans une zone désormais reconnue comme un épicentre des activités du Jnim. Depuis des années, le centre du Mali, notamment les territoires bordant Mopti et Ségou, est le théâtre d’intenses et meurtriers affrontements entre les troupes gouvernementales et les combattants jihadistes. Sous la direction d’Iyad Ag Ghali, cette coalition a solidement ancré sa présence, tirant parti des tensions intercommunautaires et de la défaillance des services publics dans ces régions isolées.
Le modus operandi observé reflète une stratégie bien rodée : un assaut coordonné sur une position militaire, suivi d’une tentative de récupération d’armes et de véhicules, puis un retrait rapide avant l’intervention de renforts aériens. Cette approche asymétrique, caractéristique des unités mobiles à moto, est devenue la marque de fabrique du Jnim dans le Sahel central. Les autorités maliennes, qui gèrent avec prudence la communication sur les incidents militaires, n’ont pas communiqué de bilan humain détaillé, et aucune source indépendante n’a pu le confirmer.
La pression jihadiste redéfinit le paysage sécuritaire
Le contexte sécuritaire du Mali a connu une transformation radicale suite au départ de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) fin 2023, et auparavant, des forces françaises de l’opération Barkhane. Bamako se repose désormais sur ses propres ressources, complétées par l’appui de l’Africa Corps russe, qui a pris la relève du groupe Wagner. Cependant, cette réorganisation n’a pas suffi à freiner l’avancée jihadiste, comme en attestent les assauts incessants contre les installations militaires.
Le Jnim, sous la houlette du leader touareg Iyad Ag Ghali depuis 2017, fédère plusieurs factions telles qu’Ansar Dine, le Front de libération du Macina et Al-Mourabitoune. Sa capacité à mener des opérations simultanées au Mali, au Burkina Faso et au Niger en fait la menace prépondérante pour les nations composant l’Alliance des États du Sahel (AES). L’organisation s’efforce d’isoler les centres urbains majeurs par des blocus routiers et d’établir sa propre autorité dans les territoires qu’elle domine, un enjeu clé pour la souveraineté de la région du Sahel.
La transition malienne face à un défi permanent
La persistance de ces attaques représente un défi majeur, à la fois politique et militaire, pour les autorités de transition menées par le général Assimi Goïta. La légitimité de ce gouvernement repose en grande partie sur sa capacité à rétablir la souveraineté et la sécurité du pays. Cependant, des revers récents, comme celui de Tinzaouatène en juillet 2024 face à une alliance du Cadre stratégique permanent et de combattants du Jnim, soulèvent des questions quant à l’efficacité des stratégies actuelles.
Les nations partenaires de la région suivent cette évolution avec une vive préoccupation. La Confédération des États du Sahel, officialisée en juillet 2024 par Bamako, Ouagadougou et Niamey, visait à harmoniser les initiatives de lutte contre le terrorisme. Néanmoins, la coordination opérationnelle reste un enjeu, chaque armée nationale étant confrontée à ses propres priorités. En parallèle, l’accès humanitaire se détériore gravement dans les zones contrôlées par les groupes jihadistes, rendant difficile le maintien des opérations des organisations non gouvernementales.
La fréquence des assauts contre les bases militaires interroge la pertinence de la doctrine de défense périmétrique des FAMa. Le choix de regrouper les forces sur des sites fortifiés, bien que visant à diminuer leur vulnérabilité, en fait paradoxalement des cibles privilégiées pour des adversaires capables de concentrer leurs attaques. À l’horizon, la problématique du contrôle territorial et de la reprise des zones délaissées deviendra une priorité grandissante pour les autorités de Bamako.