Blocus du bétail burkinabè : l’état joue avec le feu économique avant la Tabaski

Blocus du bétail burkinabè : l’état joue avec le feu économique avant la Tabaski

Avec l’interdiction d’exporter son cheptel à l’approche de la Tabaski, Ouagadougou a choisi de jouer une partie risquée sur l’échiquier économique et social. L’objectif affiché ? Stabiliser les prix pour les consommateurs urbains, notamment à Ouagadougou, en saturant le marché local. Pourtant, cette mesure, bien que généreuse pour les citadins, révèle des failles profondes et menace de plonger la filière bovine dans une crise sans précédent.

une décision qui creuse les inégalités entre villes et campagnes

Sur le papier, l’idée semble séduisante : offrir aux familles urbaines de quoi célébrer la Tabaski sans se ruiner. Mais derrière cette générosité se cache une réalité brutale pour les éleveurs burkinabè. Ces derniers, déjà fragilisés par l’insécurité chronique, les vols de troupeaux et la dégradation des pâturages, voient leurs revenus s’effondrer. En bloquant l’accès aux marchés extérieurs comme ceux de la Côte d’Ivoire ou du Bénin, où les prix sont bien plus rémunérateurs, l’État pénalise directement ceux qui nourrissent le pays.

Le paradoxe est saisissant : on soutient le pouvoir d’achat des citadins en appauvrissant les campagnes. Une politique qui, à terme, pourrait alimenter encore davantage les tensions sociales dans les zones rurales, déjà sous pression.

le marché local peut-il absorber un tel afflux de bétail ?

Le gouvernement mise sur une saturation du marché intérieur pour faire baisser les prix. Pourtant, cette stratégie repose sur une hypothèse fragile : le Burkina Faso pourrait-il vraiment consommer l’intégralité de son cheptel en quelques semaines ? La réponse est non. Le bétail est une denrée vivante, coûteuse à entretenir et à nourrir. Sans débouchés commerciaux, les éleveurs se retrouveront confrontés à un dilemme cornélien : soit vendre à perte, soit voir leur cheptel mourir de faim faute d’aliments suffisants.

Les projets d’abattoirs modernes, bien que prometteurs, ne suffiront pas à absorber un tel volume de viande en un temps record. Les infrastructures actuelles, déjà limitées, risquent de s’engorger, laissant les producteurs dans une impasse financière.

un coup de poker qui isole le Burkina Faso régionalement

Cette interdiction d’exporter n’est pas seulement une décision économique, c’est aussi un message politique fort. En coupant l’approvisionnement des pays voisins comme la Côte d’Ivoire ou le Bénin, le Burkina Faso utilise son bétail comme une arme de pression. Une stratégie qui, si elle peut porter ses fruits à court terme, pourrait se retourner contre lui à moyen terme.

Les partenaires régionaux, eux aussi, savent s’adapter. La Côte d’Ivoire, par exemple, se tourne déjà vers d’autres fournisseurs, comme la Mauritanie, pour sécuriser ses approvisionnements. À long terme, le Burkina Faso risque de perdre définitivement des parts de marché historiques, fragilisant encore davantage son économie. Cette décision révèle surtout les limites de l’intégration régionale et montre comment la quête d’autosuffisance peut fragiliser les alliances traditionnelles.

Sur le plan macroéconomique, c’est un pari audacieux, voire dangereux. L’État mise sur un équilibre précaire entre justice sociale et viabilité économique. Mais si les éleveurs ne parviennent pas à écouler leur stock, si les prix s’effondrent après la fête, ou si les voisins décident de se passer définitivement du bétail burkinabè, les conséquences pourraient être désastreuses pour toute une filière.

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