Branco Sonko : quand l’amitié se transforme en calculs politiques et juridiques dangereux

Branco Sonko : quand l’amitié se transforme en calculs politiques et juridiques dangereux

Une correspondance secrète, révélée récemment, met en lumière les tensions croissantes entre deux figures politiques majeures du Sénégal. Elle dévoile une relation autrefois soudée, désormais minée par des attentes déçues et des stratégies aux contours juridiques et financiers pour le moins troubles.

Une lettre explosive qui expose les failles d’un système

Le contenu d’une missive, datée du 4 février 2025 et attribuée à l’avocat essayiste Juan Branco, a circulé sur les réseaux sociaux. Adressée à Ousmane Sonko, alors Premier ministre de la République du Sénégal, cette lettre révèle cinq demandes précises, chacune soulevant des questions éthiques et légales majeures.

1. La souveraineté sénégalaise sous pression

Juan Branco sollicite l’intervention directe d’Ousmane Sonko pour faire pression sur la justice sénégalaise. Son objectif ? Accélérer la collaboration des autorités locales avec un juge espagnol dans le cadre d’une commission rogatoire liée à son enlèvement en Mauritanie. En filigrane, l’avocat pointe du doigt une hypothétique ingérence française dans le dossier, remettant en cause l’autonomie judiciaire du Sénégal.

2. L’accès aux secrets d’État : une demande aux conséquences lourdes

Parmi les requêtes les plus problématiques, Branco demande l’accès à des documents classifiés des services de renseignements sénégalais, datant de l’ère Macky Sall. Ces éléments, en lien avec les services secrets français, seraient censés étayer sa défense face à des procédures judiciaires en France. Pourtant, une telle demande constitue une violation flagrante du secret de la défense nationale (articles 61 et suivants du Code pénal sénégalais) et du secret professionnel (article 371). Pire encore, Branco évoque une tentative de Kompromat en 2023, impliquant un agent sénégalais, juste avant une audience cruciale au Sénégal. Ces agissements exposent les deux hommes à des poursuites pour complicité et atteinte à la sûreté de l’État.

3. L’instrumentalisation des procédures internationales

Dans un autre volet, l’avocat pousse Ousmane Sonko à financer, via des fonds publics ou partisans (PASTEF), des procédures judiciaires en France pour crimes contre l’humanité concernant l’ancien président Macky Sall. Une telle démarche, en dehors de tout cadre légal, relève du détournement de deniers publics et de l’abus de biens sociaux. En court-circuitant les voies judiciaires officielles, cette stratégie fragilise la crédibilité des instances internationales et expose ses auteurs à des sanctions pénales sévères.

4. Nationalité et postes diplomatiques : un jeu de pouvoir risqué

Branco réitère sa demande de représenter le Sénégal à l’ONU, un souhait formulé dès mai 2024. Il évoque également sa volonté d’obtenir la nationalité sénégalaise par décret présidentiel pour intégrer le barreau local et enseigner à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD). Ces requêtes, si elles étaient satisfaites, violeraient les principes d’égalité devant la loi et l’indépendance des institutions. De plus, sa nationalité française initiale soulève des questions de conflit d’intérêts, notamment pour un poste diplomatique. Son exclusion des cercles officiels semble avoir transformé cette alliance en un rapport de force où l’activisme est monnayé contre des faveurs politiques.

5. L’activisme monnayé : le prix de la loyauté

Enfin, Branco dresse un bilan financier de ses engagements. Entre 2023 et 2025, il aurait perçu 15 000 euros d’honoraires, dont 2 000 euros versés par son confrère sénégalais Maître Bamba Cissé pour couvrir des frais de déplacement et de cabinet. Pourtant, il estime ces sommes insuffisantes au regard des sacrifices consentis (enlèvement, détention, procédures judiciaires). Cette révélation met en lumière un système opaque, où des fonds publics ou partisans auraient été détournés hors de tout cadre légal. Une telle gestion financière expose les deux parties à des risques déontologiques et juridiques majeurs, transformant une alliance militante en une relation purement transactionnelle.

Cette affaire illustre les dangers d’une collusion entre pouvoir politique et activisme judiciaire. En cherchant à contourner les règles républicaines au nom d’une prétendue souveraineté, les protagonistes transforment une quête de justice en un jeu de pouvoir aux conséquences imprévisibles.

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