Fin janvier 2026, le premier cabinet du Pool judiciaire financier du Sénégal a ouvert une information judiciaire d’envergure. Cette procédure, menée par la Division spéciale de lutte contre la cybercriminalité (DSC), révèle une organisation criminelle complexe gravitant autour de la plateforme Melbet. Les chefs d’accusation incluent association de malfaiteurs, atteinte à la représentation de la personne et blanchiment de capitaux, illustrant l’ampleur des irrégularités.
Des flux financiers vertigineux et des promesses fallacieuses
Les investigations ont permis de retracer des mouvements financiers exceptionnels entre septembre et décembre 2025. Grâce aux réquisitions judiciaires auprès de l’opérateur Wave, les enquêteurs ont identifié plus de 29,5 milliards de FCFA de paiements clients. Pourtant, seulement 23,5 milliards de FCFA ont été reversés, générant un différentiel de près de 6 milliards de FCFA. Ce déséquilibre alerte les autorités, qui suspectent des mécanismes de blanchiment et des rétentions illicites de fonds.
Le schéma de fraude reposait sur une stratégie marketing agressive. Des publicités massives, diffusées sur Facebook et Meta, promettaient des gains immédiats et mirobolants, comme « des millions à gagner chaque jour ». Les victimes étaient ensuite incitées à verser des micro-paiements via des applications non régulées, telles que Game Sawa, pour prétendument débloquer leurs gains. Une escroquerie qui a piégé des milliers de parieurs au Sénégal.
Les enquêteurs ont également découvert l’utilisation abusive de symboles institutionnels et de figures publiques pour crédibiliser ces arnaques. Sans autorisation, des annonces exploitaient le logo de la Radiodiffusion télévision sénégalaise (RTS) ainsi que l’image du footballeur Sadio Mané, semant la confusion parmi les utilisateurs.
Une architecture juridique frauduleuse aux ramifications internationales
L’enquête a révélé l’implication de la société Melbet Limited, basée à Chypre, actuellement en cours de radiation. Cette situation juridique la rend incapable d’opérer légalement à l’international. Pour contourner cet obstacle, un réseau de sociétés écrans aurait été mis en place, incluant Vikhrédia Suarl et Batnesto Ltd.
Ces entités, liées par des contrats de location de noms de domaine, ne disposent d’aucune licence officielle pour exploiter des jeux de hasard. La Loterie nationale sénégalaise (Lonase) rappelle fermement son opposition à ces pratiques, exigeant le respect strict des réglementations en matière de transparence et de lutte contre le blanchiment.
Parmi les personnes mises en cause figurent des individus de nationalités variées : le Russe Filipp Mikhalin, l’Ivoirienne Mécapeu Catherine Prisca Droh, ainsi que des complices sénégalais et moldaves. Tous sont actuellement sous contrôle judiciaire, tandis que l’enquête se poursuit pour démanteler ce réseau criminel.
