Burkina Faso : un an après le coup d’état, la quête de stabilité face aux défis sécuritaires
Dans le sillage d’une instabilité croissante au Sahel, marquée par des événements récents au Mali, au Niger et au Burkina Faso, la présence de mercenaires et de groupes islamistes radicaux suscite de vives inquiétudes. Un an après la prise de pouvoir par le Capitaine Ibrahim Traoré, le Burkina Faso demeure au cœur de cette tourmente sécuritaire.
La genèse du régime de transition
Le 30 septembre 2022, un groupe de militaires a annoncé avoir renversé le gouvernement en place, sous la bannière du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). À l’époque, le président par intérim avait affirmé que la résolution de « plusieurs petits problèmes logistiques » et une meilleure « considération » au sein de l’armée permettraient de reprendre le contrôle du territoire.
Depuis cette date, le nouveau régime s’est résolument engagé dans une stratégie de riposte sécuritaire musclée contre les assauts des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Cette approche s’est traduite par une campagne massive de recrutement pour les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), une force civile qui appuie l’armée. Le gouvernement a également renforcé ses capacités militaires par l’acquisition de drones et d’hélicoptères, et le Capitaine Traoré s’est montré présent sur le terrain, cherchant à motiver les troupes et à « neutraliser » les jihadistes.
Un bilan contrasté et des défis persistants
Malgré ces efforts, la situation sécuritaire reste préoccupante. Un média privé burkinabè a souligné que « le problème qui a justifié l’irruption du Capitaine Traoré sur la scène politique nationale est loin d’être résolu ». À 34 ans, Ibrahim Traoré était devenu le plus jeune chef d’État au monde en prêtant serment comme président de transition, avec la promesse de reconquérir les territoires perdus et de préparer des élections en juillet 2024.
Initialement, son arrivée avait suscité un grand espoir au sein de la population confrontée à l’insécurité. Cependant, bien que des efforts considérables aient été déployés pour reprendre le contrôle de certaines zones, la situation globale s’est considérablement détériorée. Des statistiques alarmantes confirment cette réalité : plus de 17 000 personnes ont péri dans des attaques depuis 2015, dont plus de 6 000 pour la seule année en cours. L’armée et les VDP sont les cibles principales, mais les civils paient un lourd tribut. Plus de 6 000 écoles sont fermées au Burkina Faso, soit près d’un quart des établissements, et deux millions de personnes ont été déplacées par les violences depuis 2015.
Entre discours officiels et préoccupations humanitaires
Fin du mois dernier, le gouvernement a déclaré que plus de 190 000 personnes avaient pu regagner leurs foyers après que les jihadistes aient été chassés de certaines zones. Les partisans du régime saluent les décisions jugées fermes du Capitaine Traoré. Un coordinateur d’un mouvement pro-régime a affirmé qu’il n’y avait « pas d’échec » et que l’acquisition de « ressources énormes » avait permis de mieux équiper les soldats dans la lutte contre le terrorisme.
Néanmoins, des allégations d’abus commis par les VDP ou les forces armées ont été rapportées. En avril, un collectif a dénoncé le meurtre de 136 personnes, dont des femmes et des enfants, dans le village de Karma, par des hommes vêtus d’uniformes militaires. Une enquête a été ouverte, et le gouvernement a fermement condamné ces « actes vils et barbares », bien que le Capitaine Traoré ait appelé à la prudence avant d’accuser directement l’armée.
Libertés individuelles et réalignement géopolitique
Des inquiétudes ont également été soulevées concernant l’érosion des libertés individuelles. Un regroupement des principaux syndicats a pointé du doigt des recrutements forcés, des enlèvements et la suspension de plusieurs médias. Au cours des douze derniers mois, des médias français tels que RFI, France 24 et Jeune Afrique ont été suspendus, et des correspondants de journaux ont été expulsés.
Sous la direction de Traoré, les relations avec la France se sont détériorées, conduisant au départ des forces françaises qui assistaient l’armée burkinabè en février. La junte a depuis diversifié ses partenaires internationaux, établissant des contacts avec la Russie, l’Iran et le Venezuela. Plus tôt ce mois-ci, le Burkina Faso a également signé un pacte de défense mutuelle avec le Mali et le Niger, des nations dont les dirigeants militaires sont également arrivés au pouvoir par des coups d’État depuis 2020. Un soutien pro-régime a déclaré que le Capitaine Traoré avait « libéré le pays du joug de l’impérialisme » et qu’il avait « beaucoup travaillé ».
Tentatives de déstabilisation récentes
Le régime continue de bénéficier d’un certain soutien populaire. Récemment, des milliers de personnes sont descendues dans les rues de la capitale, Ouagadougou, pour défendre le Capitaine Traoré suite à des rumeurs de coup d’État sur les réseaux sociaux. Le lendemain, le gouvernement militaire a annoncé avoir déjoué une tentative de coup, conduisant à l’arrestation de quatre officiers.