Crise nutrition malienne : près d’un million d’enfants en danger
Au Mali, une urgence nutritionnelle menace plus d’un million d’enfants
La combinaison des conflits armés et des restrictions humanitaires aggrave une situation déjà critique pour les populations les plus vulnérables.
Au Mali, la crise humanitaire persistante, aggravée par les déplacements forcés et l’accès limité à l’aide, expose près d’un million d’enfants de moins de cinq ans à un risque de malnutrition aiguë d’ici décembre 2023. Parmi ces enfants, au moins 200 000 pourraient décéder si aucune assistance urgente ne leur est apportée.
La situation est alarmante : près d’un quart de la population malienne souffre d’insécurité alimentaire modérée ou sévère. Pour la première fois dans le pays, plus de 2 500 personnes, dont de nombreux enfants, sont en danger de famine dans la région de Ménaka, l’une des zones les plus touchées par la crise.
Cette alerte survient alors que des responsables de l’UNICEF et du Programme alimentaire mondial (PAM) ont récemment effectué une mission sur place. Leur objectif : réaffirmer leur engagement aux côtés des autorités locales et des acteurs humanitaires pour soutenir les populations maliennes en détresse.
« Le Mali traverse une crise humanitaire d’une complexité sans précédent, et les enfants en paient le prix fort, alors qu’ils n’y sont pour rien. » Ted Chaiban, directeur général adjoint de l’UNICEF pour l’action humanitaire et les opérations logistiques, souligne l’urgence de la situation. « Malgré des années difficiles, l’UNICEF, le PAM et leurs partenaires restent mobilisés pour répondre aux besoins humanitaires et de développement tant que la crise persistera. »
Un demi-million d’enfants supplémentaires en détresse depuis 2020
Près de cinq millions d’enfants maliens ont aujourd’hui un besoin urgent d’assistance, que ce soit en matière de santé, de nutrition, d’éducation ou de protection. Ce chiffre marque une augmentation significative de 1,5 million d’enfants depuis 2020.
« Il est crucial que la crise humanitaire au Mali reçoive l’attention qu’elle mérite. » Carl Skau, directeur exécutif adjoint et responsable des opérations du PAM, insiste sur l’urgence collective. « Face à l’instabilité mondiale, nous ne pouvons pas choisir qui sauver. Notre devoir est d’agir ensemble pour protéger et transformer des vies, en particulier celles des enfants et des femmes les plus vulnérables. » Il ajoute : « Nous devons tout mettre en œuvre pour éviter la famine, lutter contre l’insécurité alimentaire et renforcer la résilience des communautés. »
Conflits, climat et déplacements massifs : des facteurs aggravants
Outre les violences, les aléas climatiques récents ont provoqué des déplacements massifs. Au 30 juin 2023, plus de 377 000 personnes, dont plus de la moitié sont des enfants, ont été contraintes de quitter leur foyer. Selon les dernières estimations, 1,6 million d’enfants au Mali ont un besoin urgent de protection.
En 2022, les Nations unies ont recensé 1 024 violations graves contre des enfants, incluant leur recrutement par des groupes armés, des meurtres et des mutilations. Par ailleurs, le conflit et le manque de ressources ont forcé la fermeture de plus de 1 700 écoles, privant plus de 500 000 enfants d’éducation.
Un financement humanitaire insuffisant
Malgré l’urgence, les appels à l’aide pour le Mali restent dramatiquement sous-financés. En 2023, seulement 21 % des 751,4 millions de dollars demandés par les Nations unies ont été collectés. De plus, moins d’un tiers des 8,5 millions de dollars nécessaires pour répondre aux besoins des enfants maliens a été obtenu au premier semestre.
Pour 2023, l’UNICEF et le PAM nécessitent 184,4 millions de dollars afin d’aider 8,8 millions de personnes, dont 4,7 millions d’enfants. Ce financement permettrait de fournir une aide alimentaire d’urgence, de soutenir les services médicaux et de garantir l’approvisionnement en carburant pour conserver les vaccins au froid.
La crise des enfants et des familles au Mali s’inscrit dans un contexte régional tendu, touchant également le Burkina Faso et le Niger. Malgré ces défis, il est impératif que l’aide humanitaire parvienne en toute sécurité aux populations les plus vulnérables. Tout retard ou obstacle dans l’acheminement de l’aide pourrait avoir des conséquences dramatiques sur leur survie.