Cameroun : les zones d’ombre autour du long séjour de Paul Biya en Europe
Cameroun : les zones d’ombre autour du long séjour de Paul Biya en Europe
Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, a convoqué une réunion exceptionnelle de ses cadres le 7 août, soit quarante-cinq jours après le départ de Paul Biya pour un voyage privé en Europe. Aucune annonce officielle n’a été faite concernant un retour imminent du président camerounais. Alors que le parti présidentiel insiste sur la stabilité des institutions, des voix issues de l’opposition réclament des réponses sur l’exercice actuel du pouvoir et les mesures prévues en cas d’absence prolongée du chef de l’État.

Le secrétaire général du comité central du RDPC, Jean Nkuete, a organisé une « séance stratégique » selon un communiqué diffusé le 7 août. Le texte ne mentionne ni les thèmes abordés ni les raisons de cette convocation. Paul Biya, chef de l’État âgé de 93 ans, a quitté le Cameroun le 7 juin pour un « bref séjour privé en Europe », selon le communiqué de la présidence. Depuis cette annonce, aucune date de retour n’a été communiquée par les autorités.
Ce silence alimente les spéculations depuis plusieurs semaines. Le RDPC tente de rassurer l’opinion publique. Dans un éditorial publié le 15 juillet dans L’Action, Christophe Mien Zok, directeur de la propagande du parti, a affirmé que « l’autorité présidentielle reste pleinement exercée » et que « le président n’a pas quitté le Cameroun de manière définitive ». Les canaux officiels de la présidence continuent de relayer des messages signés Paul Biya, notamment adressés à Emmanuel Macron pour la fête nationale française et au président du Monténégro. Aucune activité publique du chef de l’État n’a été rendue publique depuis son départ.
L’opposition exige des réponses sur le fonctionnement du pouvoir
L’absence prolongée du président a relancé les interrogations au sein de l’opposition. Le député Jean-Michel Nintcheu a demandé au Conseil constitutionnel de se prononcer sur une éventuelle vacance du pouvoir. L’Union démocratique du Cameroun (UDC) adopte une position nuancée : le parti évite de spéculer sur la situation personnelle de Paul Biya mais souligne que la stabilité de l’État ne peut reposer sur des suppositions. Dans un communiqué publié le 18 juillet, l’UDC rappelle que l’absence hors du territoire national ne constitue pas automatiquement une vacance, tout en insistant sur la nécessité de clarifier l’exercice effectif des fonctions présidentielles et les dispositifs applicables en cas d’empêchement temporaire.
Un vide juridique à combler sur les absences présidentielles
La Constitution camerounaise ne fixe aucune limite temporelle pour les absences du chef de l’État hors du pays. Plusieurs observateurs pointent ce flou juridique et appellent à une réflexion institutionnelle. Aucun texte ne précise à partir de quand le Conseil constitutionnel devrait intervenir. Par ailleurs, l’UDC rappelle que le poste de vice-président, réintroduit lors de la révision constitutionnelle d’avril, reste vacant. Le parti plaide pour une réforme visant à encadrer les situations d’absence prolongée du président. Depuis 1982, Paul Biya effectue régulièrement des voyages en Europe. Celui entamé le 7 juin est, à ce jour, le plus long de son mandat sans qu’aucune indication officielle n’ait été donnée sur son retour au Cameroun.