Face à l’ampleur des dégâts causés par l’orpaillage clandestin, la Côte d’Ivoire passe à l’action. Les autorités d’Abidjan ont lancé des expulsions massives de chercheurs d’or opérant en dehors du cadre légal, marquant un tournant dans la gestion des ressources minières. Cette décision, coûteuse sur le plan social, vise à préserver les terres agricoles et les ressources hydriques, vitales pour l’économie ivoirienne.
Des sols et des rivières détruits : l’impact dévastateur de l’orpaillage sur les terres arables
Avec une production annuelle de 2,2 millions de tonnes de cacao, la Côte d’Ivoire ne peut se permettre de laisser prospérer une activité minière informelle qui empoisonne ses sols et ses eaux. Les pratiques d’orpaillage illégal, utilisant du mercure et du cyanure, contaminent les nappes phréatiques et les cultures environnantes. Les régions de l’Ouest et du Nord, notamment autour de Bouaflé, Hiré, Bouna ou Kong, subissent une transformation des terres arables en zones devenues stériles.
Les conséquences économiques sont lourdes : l’État perd des dizaines de milliards de francs CFA chaque année en recettes fiscales, tandis que l’orpaillage clandestin génère des risques sécuritaires croissants. Les trafics d’armes et les conflits liés à ces sites alimentent des tensions, en particulier près des frontières avec le Sahel, où la menace terroriste s’intensifie.
Une dynamique régionale pour éradiquer l’orpaillage illégal
La Côte d’Ivoire n’est pas seule dans sa lutte. Plusieurs pays ouest-africains adoptent des mesures similaires pour endiguer ce phénomène. Le Burkina Faso et le Mali ont déjà fermé des centaines de sites artisanaux, invoquant la lutte contre le financement des groupes armés. En Guinée, les contrôles se renforcent dans les zones minières historiques comme Siguiri.
Cette mobilisation reflète une prise de conscience commune : l’essor du prix de l’or, dépassant les 2 700 dollars l’once en 2024, attire une main-d’œuvre transfrontalière difficile à réguler. Les réseaux organisés, souvent soutenus par des opérateurs asiatiques, exploitent des filons sans respecter les cadres juridiques nationaux, conçus pour les grandes entreprises minières.
Un défi politique et social pour le gouvernement ivoirien
Abidjan mise sur une répression accrue, mais le succès de cette stratégie dépendra de sa capacité à proposer des alternatives aux populations locales. Les expulsions massives pourraient aggraver la pauvreté si aucune solution n’est apportée. Les tentatives précédentes, entre 2014 et 2018, avaient échoué à stopper durablement l’orpaillage illégal, faute de mesures d’accompagnement suffisantes.
Le pays dispose pourtant d’un cadre légal pour l’exploitation artisanale semi-mécanisée depuis 2014, mais son application reste limitée. Sans une politique sociale ambitieuse, incluant des reconversions professionnelles et un renforcement des moyens de contrôle, la Côte d’Ivoire risque de voir son problème se déplacer géographiquement plutôt que de disparaître. La bataille contre l’or illégal s’annonce complexe, tant sur le terrain qu’en termes de réglementation.