Douze mois de mandat Biya : entre promesses inabouties et réalités contrastées
Le Cameroun célèbre un an de pouvoir prolongé pour Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. Malgré les engagements affichés en faveur du dialogue, de la relance économique et de la modernisation de l’État, les résultats concrets tardent à se matérialiser. Les observateurs, tant locaux qu’internationaux, pointent un écart persistant entre les discours et les actions, alimentant un débat houleux à Yaoundé et au-delà.
Un paysage politique toujours sous haute tension
La situation institutionnelle reste le principal point d’achoppement. La réforme du code électoral, promise depuis des années, n’a toujours pas vu le jour. L’opposition, menée par des figures comme Maurice Kamto et Cabral Libii, exige notamment une refonte d’Elections Cameroon (Elecam), dont la légitimité est régulièrement contestée depuis sa création en 2006. Aucune feuille de route officielle n’a été dévoilée pour clarifier ce dossier épineux.
Le conflit dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest constitue un autre défi majeur. Malgré le Grand dialogue national de 2019 et l’adoption d’un statut spécial pour ces zones, sa mise en œuvre reste incomplète. Les violences entre les forces de sécurité et les groupes séparatistes continuent de perturber l’économie locale, notamment la filière cacao, qui représente une part majeure de la production nationale. Selon les agences humanitaires, des centaines de milliers de personnes sont toujours déplacées à cause de ce conflit persistant.
Un bilan économique en demi-teinte
Sur le plan économique, le Cameroun suit un programme avec le Fonds monétaire international, incluant des objectifs de consolidation budgétaire et de transparence sur la dette. La croissance du PIB, estimée entre 3,5 % et 4 % par la BEAC et les institutions internationales, reste insuffisante pour absorber l’arrivée massive de jeunes sur le marché du travail. La dette publique, évaluée à environ 45 % du PIB, limite les capacités de l’État à lancer de nouveaux projets d’infrastructure.
Sécurité : des menaces persistantes et une réponse toujours en question
La sécurité reste un enjeu critique. Dans l’Extrême-Nord, les attaques de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest ciblent régulièrement les populations locales, malgré la présence de la Force multinationale mixte (Cameroun, Nigeria, Niger, Tchad). Les conséquences humanitaires sont lourdes, avec des milliers de déplacés et des conditions de vie précaires, comme le soulignent régulièrement les agences des Nations unies. Le budget alloué à la défense n’a pas connu d’évolution majeure depuis le début du mandat prolongé.
Transition politique : une équation encore insoluble
À plus de 90 ans, Paul Biya incarne la longévité au pouvoir en Afrique. La révision constitutionnelle de 2008 a supprimé la limite des mandats, laissant la question de la succession en suspens. Les spéculations vont bon train sur le rôle du secrétaire général de la présidence, du Premier ministre Joseph Dion Ngute, ainsi que des cadres du RDPC. L’exemple gabonais d’août 2023, marqué par une transition politique chaotique, ajoute une pression supplémentaire sur les partenaires économiques du Cameroun, comme la France, la Chine et les bailleurs de fonds.
Le secteur des hydrocarbures, le port de Kribi et les télécoms sont sous surveillance, mais aucune annonce officielle n’a pour l’instant modifié le cadre institutionnel. Le prochain anniversaire du mandat prolongé sera un nouveau test pour l’exécutif camerounais.