Crise au Mali : quel avenir pour la junte militaire après l’offensive rebelle ?
crise au Mali : quel avenir pour la junte militaire après l’offensive rebelle ?
Les attaques coordonnées qui ont frappé Bamako, la capitale du Mali, ainsi que la prise de contrôle de villes du Nord et l’assassinat du ministre de la Défense ont plongé le pays dans une situation de crise sans précédent. Ces événements, revendiqués par une alliance entre le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le groupe jihadiste JNIM, ont révélé les failles du gouvernement militaire dirigé par le colonel Assimi Goïta, au pouvoir depuis 2020.
Une offensive d’une ampleur inédite
Le week-end dernier, des combats intenses et des explosions ont retenti dans plusieurs villes du Mali, plongeant la population dans l’incertitude. L’annonce de la prise de Kidal par les forces rebelles, après le retrait des troupes maliennes et russes, a accentué les doutes sur la capacité du régime à garantir la sécurité du pays. Le colonel Goïta, qui n’a fait son apparition publique que plusieurs jours après ces attaques, a tenté de rassurer en déclarant que la situation était sous contrôle et en promettant de « neutraliser » les responsables des offensives.
Trois scénarios possibles pour l’avenir de la junte
Scénario 1 : la junte maintient son pouvoir et contre-attaque
Selon de nombreux analystes, c’est le scénario le plus probable à court terme. Bien que le gouvernement contrôle encore la majorité des grandes villes et des institutions étatiques, les prochains jours seront déterminants. Une contre-offensive réussie contre le FLA et le JNIM pourrait renforcer la légitimité de la junte, tandis qu’un échec pourrait menacer sa pérennité. La mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, lors de ces attaques, risque de fragiliser la coordination militaire et les relations avec la Russie, un partenaire clé de Bamako.
Le colonel Goïta a tenu un discours télévisé pour affirmer que la junte était prête à riposter. Des images publiées sur les réseaux sociaux ont montré le dirigeant en discussion avec l’ambassadeur russe en Mali, Igor Gromyko, et en visite auprès des blessés. Cependant, la perte d’une figure centrale comme Camara, considéré comme l’interlocuteur principal de Moscou, pourrait compliquer cette alliance.
Scénario 2 : la junte reste au pouvoir avec l’appui russe mais cherche de nouveaux partenaires
Les récents événements ont ébranlé l’image de la Russie comme partenaire sécuritaire fiable au Mali. Après le départ des forces françaises en 2022, remplacées par les mercenaires russes, la chute de Kidal et l’incapacité à protéger Bamako ont affaibli la crédibilité de Moscou. Certains experts estiment que Bamako pourrait être amené à diversifier ses alliances militaires.
Parmi les options envisagées, un rapprochement avec la Turquie semble se profiler. Ankara, qui a déjà fourni des drones au Mali et formé la garde présidentielle, pourrait jouer un rôle accru. Par ailleurs, les relations avec les États-Unis montrent des signes de réchauffement, avec une visite récente d’un haut responsable américain à Bamako pour évoquer une « nouvelle ère » de coopération. Le renforcement des liens avec les voisins du Mali, notamment le Niger et le Burkina Faso, au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), est également une piste explorée.
Scénario 3 : la junte est renversée sous la pression, mais qui prendra le relais ?
Les attaques de samedi dernier constituent le défi le plus sérieux pour le gouvernement militaire depuis des années. Si la situation se dégrade davantage, la pression sur la junte pourrait s’intensifier, risquant de provoquer un nouveau coup d’État ou une transition vers un autre régime. Une prise de pouvoir par une alliance FLA-JNIM est envisageable, mais les divergences idéologiques entre les deux groupes pourraient compliquer une telle transition.
Le FLA, mouvement indépendantiste touareg, et le JNIM, groupe jihadiste affilié à Al-Qaïda, ont collaboré ponctuellement, mais leurs objectifs diffèrent. Le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, a déclaré que son groupe visait Gao et Timbuktu, tandis que le leader du FLA, Sayed Bin Bella, a rejeté toute fusion avec le JNIM. Selon Beverly Ochieng, analyste chez Control Risks, un scénario à la syrienne pourrait émerger, où un groupe autrefois lié à Al-Qaïda prendrait le pouvoir tout en adoptant une posture plus modérée.
Un tournant pour le Mali et ses partenaires
Les prochaines semaines seront cruciales pour déterminer l’évolution de la crise au Mali. La capacité de la junte à rétablir la sécurité et à maintenir ses alliances, notamment avec la Russie, sera mise à l’épreuve. Parallèlement, la recherche de nouveaux partenaires, comme la Turquie ou les États-Unis, pourrait redéfinir l’équilibre géopolitique en Afrique de l’Ouest.
Les défis à venir pour Bamako
- Sécuriser les zones perdues : La reprise de Kidal et la défense de Gao et Timbuktu seront déterminantes pour la crédibilité du gouvernement.
- Gérer les relations internationales : La junte devra naviguer entre le soutien russe, les ouvertures américaines et les partenariats émergents avec la Turquie.
- Rétablir la confiance de la population : Après des années de crise sécuritaire, la population malienne attend des résultats concrets.
Une chose est certaine : la crise actuelle au Mali ne se résoudra pas sans bouleversements majeurs, tant sur le plan interne qu’international.