Crise de la Cédéao : comment l’AES redessine l’avenir ouest-africain ?

Crise de la Cédéao : comment l’AES redessine l’avenir ouest-africain ?

crise de la Cédéao : comment l’AES redessine l’avenir ouest-africain ?

À Freetown, la capitale de la Sierra Leone, s’ouvre aujourd’hui le 69ᵉ sommet de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Un événement majeur, mais marqué par une absence criante : celle du Niger, du Mali et du Burkina Faso. Ces trois pays, désormais unis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont choisi de tourner le dos à l’organisation régionale, privant la Cédéao d’une partie essentielle de son poids géographique et politique.

Sommet de la Cédéao à Freetown sans les pays de l’AES

Ce sommet intervient à un moment charnière pour la Cédéao, dont l’avenir même est remis en question. Les dirigeants ouest-africains devront se pencher sur une question cruciale : comment reconstruire une organisation régionale crédible, alors que trois de ses membres fondateurs ont choisi de la quitter ? Le défi est d’autant plus complexe que le Mali, le Niger et le Burkina Faso restent des voisins incontournables, avec qui les échanges commerciaux, la libre circulation des personnes et la coopération sécuritaire sont indispensables.

L’AES : un défi pour la Cédéao et une réalité géopolitique

Le départ des trois pays de l’AES marque un tournant dans l’histoire de la Cédéao. Leur alliance, officiellement lancée pour renforcer la souveraineté et la sécurité régionales, a été perçue comme une réponse aux insuffisances de la Cédéao face aux défis sécuritaires et politiques. Pourtant, malgré cette scission, les enjeux transfrontaliers – terrorisme, criminalité organisée, crises politiques – nécessitent plus que jamais une coordination étroite entre tous les États de la région.

Les experts soulignent que l’absence des pays de l’AES pourrait affaiblir la réponse régionale face à ces menaces. Aliou Diakité, spécialiste des questions liées à la Cédéao, rappelle que « les défis sont multiples : criminalité organisée, terrorisme, changements politiques, crises électorales, changement climatique, épidémies… Autant de sujets qui exigent une mobilisation collective et une gouvernance renforcée. »

La force en attente de la Cédéao : un projet toujours en suspens

Parmi les sujets récurrents des sommets de la Cédéao, la mise en place de la Force en attente reste un dossier prioritaire, mais toujours en suspens. Annoncée il y a plusieurs années, cette force régionale devait servir de bouclier contre les menaces terroristes et les crises politiques. Pourtant, son déploiement n’a jamais abouti, faute de moyens et de volonté politique.

Cette semaine, des réunions préparatoires à Freetown ont permis d’aborder à nouveau la question. Michel Ange Bangoura, responsable de la coopération avec la Cédéao en Guinée, est catégorique : « Sur le plan institutionnel, tout est prêt. Il ne manque plus que les moyens humains et financiers pour son déploiement. Chaque pays doit contribuer au moins d’une compagnie. »

Interrogé sur une date concrète pour sa mise en œuvre, il se veut optimiste : « Les discussions actuelles pourraient aboutir à un déploiement à brève échéance. Il s’agirait notamment de désigner un pays hôte pour l’état-major. »

Réformer la Cédéao pour restaurer sa crédibilité

Le sommet de Freetown devra également aborder les réformes institutionnelles nécessaires pour redonner à la Cédéao la légitimité qu’elle a perdue ces dernières années. Plusieurs coups d’État et crises politiques en Afrique de l’Ouest ont érodé la confiance des populations dans l’organisation. La question de la gouvernance, de la transparence et de l’efficacité des institutions régionales sera donc au cœur des débats.

Face à ces défis, les dirigeants de la Cédéao devront faire preuve d’audace. Renforcer la coopération avec l’Alliance des États du Sahel, accélérer la mise en place de la Force en attente et engager des réformes profondes : tels sont les enjeux pour que la Cédéao ne devienne pas une coquille vide.

tribuneaes