Crise politique au Bénin : l’état d’urgence après une tentative de putsch
La stabilité politique en Afrique de l’Ouest est fortement ébranlée depuis plusieurs années, avec une série de coups d’État ayant touché plusieurs nations du Sahel, notamment en Guinée et en Guinée-Bissau. Le Bénin, autrefois considéré comme un modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest, fait aujourd’hui face à une crise institutionnelle majeure.
Le président Patrice Talon, en poste depuis 2016, est au cœur d’une tentative de renversement orchestrée par des militaires mutins. Ces derniers ont revendiqué une rupture politique avec l’ancienne puissance coloniale, la France, une rhétorique partagée par les juntes du Burkina Faso, du Niger et du Mali.
Face à cette situation, le président français Emmanuel Macron a réaffirmé le soutien de la France à l’armée béninoise et a initié un effort de coordination régional, incluant des échanges d’informations avec les pays voisins. Emmanuel Macron a également discuté avec Patrice Talon, toujours en fonction malgré la tentative de coup d’État, ainsi qu’avec les dirigeants du Nigeria et de la Sierra Leone, cette dernière assurant la présidence de la CEDEAO.
Un conseiller de l’Élysée a confirmé le soutien politique total apporté par la France à l’organisation ouest-africaine, qui a joué un rôle clé dans la gestion de cette crise.
une tentative de putsch rapidement maîtrisée
Dimanche matin, huit militaires ont pris les ondes pour annoncer la destitution de Patrice Talon lors d’un passage télévisé à Cotonou. Pourtant, dans la journée, le chef de l’État a assuré que la situation était sous contrôle. Les autorités ont ensuite annoncé plusieurs victimes, notamment lors d’affrontements entre les mutins et les forces loyalistes.
Pour rétablir l’ordre, le Bénin a bénéficié de l’aide de son voisin le Nigeria. Des frappes aériennes ont été menées contre la base militaire de Togbin, où s’étaient retranchés les putschistes. Des troupes nigérianes ont également été déployées au sol pour reprendre le contrôle de cette position stratégique.
la CEDEAO en état d’alerte
Dès dimanche soir, la CEDEAO a annoncé l’envoi de renforts militaires en provenance de quatre pays membres, sans préciser le nombre de soldats déployés, afin de préserver l’ordre constitutionnel. Omar Alieu Touray, président de la Commission de la CEDEAO, a qualifié la situation d’état d’urgence pour la région, évoquant à la fois la menace jihadiste et les coups d’État répétés.
Plusieurs militaires impliqués dans la tentative de putsch ont été arrêtés, mais certains, dont le lieutenant-colonel Pascal Tigri, restent en fuite. Les mutins avaient également retenu en otage deux hauts gradés de l’armée béninoise : le chef d’état-major de l’armée de terre, Abou Issa, et le chef d’état-major de la garde nationale, Faïzou Gomina, libérés dès le lendemain.
Malgré cette crise, la vie a repris son cours normal à Cotonou, capitale économique du pays. Patrice Talon doit quitter le pouvoir en avril 2026, à l’issue de son deuxième mandat, conformément à la Constitution béninoise qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels.
un bilan contrasté pour patrice talon
Si Patrice Talon est reconnu pour ses avancées en matière de développement économique, il est également critiqué pour une dérive autoritaire dans un pays autrefois salué pour la vitalité de sa démocratie. Son dauphin, le ministre des Finances Romuald Wadagni, est donné favori pour l’élection présidentielle à venir.
Cependant, le principal parti d’opposition, les Démocrates, a été exclu du scrutin faute de parrainages suffisants. Thomas Boni Yayi, ancien président et actuel dirigeant des Démocrates, a condamné avec fermeté la tentative de coup d’État, qualifiant cet événement d’attaque ignoble et appelant à des élections libres et transparentes.
Selon Omar Alieu Touray, les élections sont devenues un facteur majeur d’instabilité dans la région. Il a également souligné une détérioration de l’inclusivité électorale dans plusieurs États membres de la CEDEAO.