Économie circulaire au Cameroun : le pays mise sur les déchets pour booster son développement

Économie circulaire au Cameroun : le pays mise sur les déchets pour booster son développement

Le Cameroun a lancé une offensive ambitieuse pour accélérer sa transition vers une économie circulaire. D’ici 2030, l’État consacrera l’équivalent de 2 % de son budget annuel à ce secteur, soit environ 146 milliards de FCFA par an, selon les projections basées sur le budget 2025.

Cette stratégie s’inscrit dans la Feuille de route nationale pour l’économie circulaire 2025-2035, un document stratégique élaboré par le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire. L’objectif ? Transformer durablement la gestion des ressources et des déchets en valorisant davantage les matériaux au lieu de les jeter.

Déchets urbains et transition vers l'économie circulaire au Cameroun

Un défi environnemental et économique de taille

Chaque année, le Cameroun génère près de 6 millions de tonnes de déchets, principalement issus des ménages, des marchés, des services publics et des entreprises. Pourtant, le système actuel peine à suivre : seulement la moitié des déchets sont collectés, et moins de 10 % sont recyclés.

À Yaoundé et Douala, les deux plus grandes villes du pays, la production de déchets devrait atteindre 2,8 millions de tonnes par an d’ici 2040, aggravant la pression sur des infrastructures déjà saturées. Parmi les déchets les plus problématiques figurent les plastiques : près de 1 300 tonnes sont abandonnées chaque jour dans la nature, contre seulement 250 tonnes collectées mensuellement et 180 tonnes effectivement recyclées.

Des réformes structurelles pour un modèle durable

Pour relever ces défis, les autorités camerounaises prévoient plusieurs mesures clés. La feuille de route recommande d’abord l’adoption d’un décret du Premier ministre intégrant les principes de l’économie circulaire dans les chaînes de valeur locales. Une révision de la législation environnementale est également prévue pour renforcer les contrôles et clarifier les rôles entre les administrations centrales et les collectivités locales.

Un autre axe majeur concerne la création d’une Agence nationale de gestion des déchets, qui centraliserait la coordination et moderniserait la filière. Côté infrastructures, le pays mise sur la construction de nouveaux centres de tri, la modernisation des décharges et l’installation de biodigesteurs pour valoriser les déchets organiques.

Un financement mixte pour une transition réussie

Le financement de cette transition reposera sur plusieurs leviers. D’une part, l’État augmentera progressivement ses investissements publics, passant de 1,27 % du budget en 2025 à 2 % en 2030, soit un effort supplémentaire de plus de 53 milliards de FCFA par an.

D’autre part, des mécanismes innovants sont envisagés, comme un système de responsabilité élargie du producteur, qui obligera les entreprises à contribuer financièrement à la collecte et au recyclage de leurs emballages. La fiscalité communale liée aux déchets sera également revue pour générer des revenus supplémentaires.

Enfin, une Bourse nationale des déchets, déjà opérationnelle, servira de plateforme pour faciliter les échanges de matières recyclables et attirer les investisseurs privés. Plusieurs partenaires internationaux, dont la Banque africaine de développement et la Banque mondiale, ont été identifiés pour accompagner ces transformations.

Avec cette feuille de route, le Cameroun cherche à faire des déchets une véritable ressource, tout en réduisant la pollution et en créant des emplois dans les filières du recyclage et de la valorisation.

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