Libreville — Le Gabon entame une révolution économique en misant sur sa richesse minière pour développer son tissu industriel local. Des décennies de dépendance aux exportations de matières premières laissent place à une stratégie ambitieuse : transformer la rente minière en opportunités concrètes pour les entreprises et les travailleurs gabonais.
Sous l’impulsion de Zénaba Gninga Chaning, ministre de l’Entrepreneuriat, du Commerce, des PME-PMI et de l’Entrepreneuriat des Jeunes, une mobilisation sans précédent rassemble acteurs publics, privés et opérateurs miniers autour d’un objectif clair : ancrer la valeur créée par l’extraction dans l’économie nationale.
Pour la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog) et le groupe Eramet, cette démarche dépasse le cadre réglementaire. Il s’agit désormais de faire de chaque projet minier un levier de développement des compétences, des entreprises et des emplois locaux.
Le contenu local : un nouveau modèle économique
Le Gabon rejoint le mouvement continental vers un modèle extractif repensé. L’enjeu ? Remplacer l’exportation brute de ressources par un écosystème où chaque investissement génère des retombées durables. Les marchés réservés aux entreprises locales ne sont qu’une première étape. L’objectif final est de faire émerger des champions nationaux capables de rivaliser sur les marchés régionaux et internationaux.
Une journée de travail dédiée a révélé les défis persistants : accès limité au financement, complexité administrative, manque de visibilité sur les opportunités et insuffisance des compétences spécialisées. Les participants ont insisté sur la nécessité de renforcer la coopération entre administrations, banques, centres de formation et organisations patronales pour lever ces obstacles.
Co-construire un avenir industriel
L’approche adoptée s’inspire du Design Thinking, privilégiant les solutions issues du terrain plutôt qu’une stratégie descendante. Les consultations ont réuni tous les acteurs concernés — institutions financières, opérateurs économiques, structures de formation — dans une logique de co-construction. Cette méthode marque une rupture avec les politiques industrielles traditionnelles.
Le succès du contenu local repose sur un écosystème robuste, où qualité, sécurité, compétitivité et gouvernance deviennent les piliers d’une économie souveraine. La formation professionnelle et le transfert de compétences s’imposent comme les infrastructures invisibles de cette ambition.
Des résultats encourageants, mais une marge de progression
Les chiffres de Comilog révèlent une avancée significative : 780 fournisseurs et prestataires gabonais, dont 75 % sont des entreprises locales. Plus de 37 % des achats de l’entreprise sont réalisés sur le marché national, injectant 56,8 milliards de francs CFA dans l’économie locale. Ces partenariats génèrent plus de 3 000 emplois directs.
Ces résultats, bien que prometteurs, restent insuffisants au regard du potentiel minier gabonais. L’ambition est claire : amplifier ces dynamiques pour créer davantage de richesses locales, renforcer les PME, multiplier les emplois qualifiés et consolider les partenariats public-privé.
Le contenu local n’est plus une simple politique sectorielle. Il devient un projet national, capable de positionner le Gabon comme un acteur clé dans la transformation des ressources naturelles en prospérité durable.
Dans un contexte où les matières premières stratégiques redéfinissent les équilibres géopolitiques, les pays qui réussiront seront ceux qui sauront convertir leurs ressources en entreprises innovantes, en savoir-faire et en emplois locaux. Le Gabon a choisi cette voie.
