Gabon : la dissolution de la SEEG laisse place à deux entreprises spécialisées
Une étape historique vient d’être franchie dans le secteur des services publics au Gabon. Les autorités ont acté la dissolution de la SEEG (Société d’énergie et d’eau du Gabon), l’opérateur qui gérait la distribution d’eau et d’électricité depuis plus de quarante ans. Cette structure disparaît au profit de deux nouvelles entités distinctes, chacune spécialisée dans un domaine précis. Cette réorganisation majeure, entérinée lors d’un conseil des ministres à Libreville, vise à résoudre les crises chroniques qui touchent l’approvisionnement énergétique et hydraulique du pays.
La fin d’une ère pour l’opérateur historique
Malgré une reprise en main par l’État gabonais ces dernières années, la SEEG n’a jamais réussi à stabiliser sa situation financière ni ses performances techniques. Les centres urbains comme Libreville, Port-Gentil et Franceville ont subi de plein fouet des délestages récurrents et des pénuries d’eau potable, freinant l’activité économique et provoquant le mécontentement de la population. Pour le gouvernement de transition, en place depuis août 2023 après le départ d’Ali Bongo, la refonte de ce secteur stratégique était devenue une urgence absolue.
Le constat dressé par les autorités est sans appel : des infrastructures vieillissantes, un manque d’investissement sur le long terme et une gestion administrative complexe. En séparant la gestion de l’eau de celle de l’électricité, le pouvoir espère clarifier les responsabilités opérationnelles et attirer des partenaires capables d’apporter les capitaux nécessaires à la modernisation des réseaux.
Une scission stratégique entre l’eau et l’électricité
L’architecture choisie repose désormais sur deux sociétés autonomes. L’une se concentrera exclusivement sur la production et la distribution d’électricité, tandis que l’autre sera dédiée à l’accès à l’eau potable. Ce modèle de segmentation, déjà éprouvé dans d’autres pays d’Afrique centrale, permet de distinguer des enjeux industriels très différents. Si l’électricité nécessite une gestion lourde du mix énergétique et des lignes haute tension, la filière eau répond à des impératifs sanitaires et territoriaux spécifiques, notamment pour le captage et le traitement en zone rurale.
Cette nouvelle organisation doit également répondre aux attentes des partenaires financiers internationaux. Des institutions telles que la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement conditionnent souvent leur soutien à une meilleure lisibilité des structures de gouvernance. Ce nouveau cadre juridique pourrait ainsi débloquer des financements essentiels pour les projets d’infrastructures de grande envergure.
Souveraineté et enjeux sociaux pour la transition
Au-delà de l’aspect technique, cette réforme porte une forte dimension politique. Elle s’inscrit dans la volonté de souveraineté économique prônée par le président de la transition, Brice Clotaire Oligui Nguema. L’objectif est de reprendre le contrôle effectif des ressources stratégiques tout en garantissant un service de qualité aux foyers gabonais. Le pays possède un potentiel hydroélectrique majeur, avec des sites comme les barrages de Grand Poubara et de Kinguélé Aval, qui demandent une exploitation plus performante pour satisfaire la demande nationale.
Toutefois, la réussite de cette mutation dépendra de la gestion du volet social. Le sort des quelque 2 000 employés de l’ancienne SEEG est au cœur des préoccupations. Les organisations syndicales veillent au maintien des acquis et à la préservation des emplois durant cette phase de transition. Le gouvernement prévoit un déploiement progressif de ces deux nouvelles structures dans les mois à venir, avec pour défi majeur d’assurer la continuité du service et de la facturation pendant cette période de changement.