Gabon : une usine de fer à béton à 38 milliards pour booster l’industrie locale
Le Gabon franchit une étape majeure dans sa quête d’autonomie industrielle avec le lancement d’une usine de fer à béton à Nkok. Le 1er juillet, le ministre gabonais de l’Industrie et de la Transformation locale, Lubin Ntoutoume, a officiellement donné le coup d’envoi des travaux de la future unité Prometal Gabon. Ce projet, fruit d’un partenariat entre l’État et le groupe Prometal, représente un investissement colossal de 38 milliards de FCFA. Les travaux, prévus sur vingt-quatre mois, devraient aboutir à une capacité de production annuelle de 60 000 tonnes de fer à béton.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large visant à réduire la dépendance du pays aux importations de produits sidérurgiques. Aujourd’hui, le Gabon importe une grande partie de ses besoins en fer à béton, alors que son sous-sol regorge de ressources minières encore peu exploitées. En développant une filière locale, les autorités gabonaises ambitionnent de limiter les sorties de devises et de renforcer un secteur manufacturier jusqu’ici centré sur l’exportation de matières premières.
Nkok, un pôle stratégique pour l’industrie gabonaise
La Zone d’investissement spécial (ZIS) de Nkok, opérationnelle depuis plus d’une décennie, incarne la politique de diversification économique du Gabon. Cette zone franche, bénéficiant d’un régime fiscal et douanier avantageux, accueille déjà des acteurs de la métallurgie légère, du bois et de la logistique. L’arrivée de Prometal Gabon, dédiée à la production de fer à béton, renforce un écosystème industriel encore en construction mais en pleine mutation. Cette aciérie devrait notamment dynamiser les chaînes de valeur locales, notamment dans les secteurs du bâtiment et des travaux publics.
Le choix de Nkok comme site de production n’est pas le fruit du hasard. La ville dispose d’un accès privilégié au réseau ferroviaire Transgabonais et au port d’Owendo, deux infrastructures essentielles pour le transport d’une production lourde comme le fer à béton. Pour Prometal Gabon, la logistique représente un défi de taille : assurer un approvisionnement fluide en matières premières et une distribution efficace vers les grands chantiers du pays, notamment Libreville, Port-Gentil et Franceville.
1 350 emplois directs et indirects à la clé
Le projet Prometal Gabon promet de créer 1 350 emplois, une aubaine pour le marché du travail gabonais où le chômage des jeunes reste un enjeu majeur. Ces postes, à la fois directs et indirects, devraient irriguer l’économie locale dès la phase de construction : sous-traitants du bâtiment, transporteurs, prestataires de services techniques et mainteneurs figurent parmi les bénéficiaires. Une fois l’usine opérationnelle, les retombées économiques devraient se multiplier, renforçant ainsi le tissu économique national.
Cependant, la promesse d’emplois qualifiés soulève des questions sur la capacité du Gabon à former des profils adaptés à l’industrie sidérurgique. Les besoins en compétences techniques, notamment en métallurgie, conduite d’installations et maintenance industrielle, sont importants et peu couverts par les formations locales. Prometal Gabon devra donc investir dans la formation et le transfert de savoir-faire, un point suivi de près par les autorités dans le cadre du partenariat public-privé.
Une ambition qui dépasse les frontières gabonaises
Avec une capacité de production de 60 000 tonnes par an, Prometal Gabon ne se contentera pas du marché intérieur. La demande gabonaise en fer à béton, stimulée par les programmes d’infrastructures et l’urbanisation, est actuellement inférieure à cette capacité. L’excédent de production pourrait donc être exporté vers des pays voisins comme la Guinée équatoriale, le Congo ou le sud du Cameroun, où les besoins en matériaux de construction restent élevés et où la concurrence est encore limitée.
Cette stratégie régionale s’inscrit dans un contexte où la CEMAC peine à développer des champions industriels intégrés. En mettant en place une aciérie sur son sol, le Gabon cherche à capter une partie de la valeur ajoutée qui échappe aujourd’hui aux importateurs asiatiques et européens. Le respect du calendrier de vingt-quatre mois pour la mise en service sera un indicateur clé de la crédibilité du projet Nkok, souvent critiqué pour la lenteur de certains programmes.
La réussite de cette usine dépendra également de la stabilité de l’environnement économique et des relations entre Prometal Gabon et l’État. Les expériences passées en Afrique centrale rappellent que les projets sidérurgiques nécessitent une gouvernance rigoureuse et une visibilité à long terme sur les coûts de l’énergie et l’accès au foncier.