Les populations de Rutshuru victimes de crimes de guerre commis par des milices soutenues par l’État

Les populations de Rutshuru victimes de crimes de guerre commis par des milices soutenues par l’État

Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), la terreur a pris un nouveau visage dans le territoire de Rutshuru. Des civils subissent des actes de torture, des exécutions sommaires et des pillages systématiques. Plus grave encore, des femmes sont enlevées et réduites à l’état d’esclaves sexuelles par le Collectif des mouvements pour le changement-Forces de défense du peuple (CMC-FDP), un groupe armé agissant sous le label des Wazalendo.

Ces combattants, intégrés dans une coalition hétéroclite de « patriotes », bénéficient du soutien logistique et financier des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Utilisés comme forces supplétives pour contrer l’avancée du M23, ces miliciens opèrent principalement dans le groupement de Bukombo. Mais loin de protéger les populations, ils multiplient les exactions contre ceux qu’ils sont censés défendre.

Les habitants de cette région se retrouvent pris en étau. D’un côté, la brutalité du M23, et de l’autre, la violence arbitraire du CMC-FDP. Dans les zones les plus isolées, ces derniers agissent en toute impunité, profitant de l’absence de contrôle pour instaurer un régime de terreur nocturne.

Un calvaire marqué par l’esclavage sexuel et les viols

Le témoignage des survivantes est glaçant. Plusieurs femmes ont rapporté avoir été kidnappées après que leurs maris ont rejoint les rangs du M23. Sous la menace d’une exécution immédiate, elles ont été emmenées dans des camps forestiers pour devenir les « épouses » forcées de commandants. Une jeune femme captive pendant trois mois raconte avoir été violée quotidiennement, vivant dans la peur constante d’être abattue au moindre refus.

Dans ces bases de fortune, comme celle de Mudugudu, l’horreur est la norme. Des cellules souterraines servent à détenir des civils dont la libération est conditionnée au paiement d’une rançon. Ces actes, qui s’apparentent à des prises d’otages et à de l’esclavage sexuel, constituent des violations flagrantes du droit international humanitaire et peuvent être qualifiés de crimes de guerre.

Malgré les dénégations du CMC-FDP, qui affirme respecter une discipline interne, les preuves de ces sévices s’accumulent. Les victimes, souvent privées de soins médicaux et psychologiques, portent les stigmates physiques et traumatiques de ces violences, contractant fréquemment des infections sexuellement transmissibles.

Représailles sanglantes et exécutions sommaires

La vengeance est le moteur de nombreuses attaques. Des combattants du CMC-FDP s’en prennent violemment aux familles soupçonnées de liens avec le M23. À Mashango, des scènes d’une cruauté inouïe ont été rapportées : des maisons incendiées et des civils découpés à la machette sous les yeux de leurs proches. Une femme enceinte a même dû accoucher seule en forêt après avoir vu son mari être assassiné par les miliciens.

À Kyahemba, un autre village du groupement de Bukombo, un père de famille a été abattu de trois balles dans la poitrine devant ses enfants de six et huit ans. Son seul tort ? Son fils de 15 ans avait été recruté par le groupe rebelle adverse. Après le meurtre, les assaillants ont pillé le domicile, emportant bétail et effets personnels.

Extorsion généralisée sous couvert de protection

Avant même l’intensification des combats, le CMC-FDP avait instauré un système d’extorsion baptisé lala salama (« dormir paisiblement »). Sous prétexte de financer la sécurité locale, les miliciens imposent une taxe arbitraire aux habitants. Ceux qui ne peuvent pas payer sont battus, menacés de mort ou voient leurs habitations réduites en cendres.

Ce climat d’insécurité permanente pousse paradoxalement certains jeunes vers le M23, espérant ainsi échapper aux abus des Wazalendo ou répondre aux menaces de décapitation proférées par les rebelles contre ceux qui refuseraient de les rejoindre. Les civils sont ainsi broyés par une logique de guerre où chaque camp utilise la terreur comme arme de recrutement.

La responsabilité de l’État congolais engagée

Le soutien des autorités de Kinshasa à ces groupes pose question. Depuis 2023, une loi sur la Réserve armée de la défense institutionnalise l’usage de milices locales comme forces d’appoint. Sur le terrain, cela se traduit par une aide massive : l’État verserait environ 4 millions de dollars par mois aux groupes Wazalendo. Le CMC-FDP aurait notamment reçu des dizaines de milliers de munitions et des roquettes de la part des FARDC.

Pourtant, le commandement de cette milice n’est pas inconnu des instances internationales. Son chef, Dominique « Domi » Kamanzi Ndaruhutse, fait l’objet de sanctions pour de graves violations des droits humains. Malgré ce passif et les preuves accablantes d’exactions, la collaboration militaire se poursuit.

Il est impératif que les autorités cessent immédiatement de financer et d’armer des groupes qui terrorisent la population civile. La lutte contre l’agression extérieure ne peut justifier la complaisance face à des crimes de guerre commis sur son propre sol. La justice doit désormais établir les responsabilités pour que cesse l’impunité dans l’est de la RDC.

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