L’UA face aux élections africaines : entre procédures et démocratie en recul
L’Observateur africain face aux scrutins : la démocratie en question
Les élections de 2025 en Afrique révèlent une réalité préoccupante : l’écart croissant entre l’organisation formelle des scrutins et leur légitimité démocratique. L’Union africaine (UA), bien que renforçant ses missions d’observation électorale, peine à transformer ces efforts en avancées tangibles pour la démocratie continentale.
Une Charte africaine de la démocratie sous-exploitée
La Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance confère à l’UA un rôle central dans la supervision des processus électoraux. Son mandat inclut la surveillance de la liberté, de l’équité et de la crédibilité des scrutins, ainsi que la possibilité de dénoncer les abus et d’encourager des correctifs. Pourtant, les mécanismes mis en place peinent à traduire ces principes en actions concrètes.
En 2025, 14 pays africains ont organisé des élections dans des contextes politiques variés, avec une observation systématique de l’UA. Les rapports pré- et post-électoraux soulignent les risques émergents bien avant le jour du vote : guerre juridique contre l’opposition, rétrécissement de l’espace civique et restrictions des libertés fondamentales. Malgré cette vigilance, les résultats électoraux reflètent rarement une compétition politique équitable.
Des systèmes électoraux à deux vitesses
Les élections africaines de 2025 illustrent une fracture entre deux modèles :
- Les systèmes ouverts, comme ceux du Malawi et des Seychelles, où la concurrence politique est authentique et les transferts de pouvoir pacifiques. Ces pays, dotés de systèmes judiciaires indépendants et de normes politiques stables, montrent qu’une démocratie durable peut émerger sans pression extérieure.
- Les systèmes dominés par un seul parti, comme en Tanzanie, au Cameroun ou au Togo, où les élections deviennent des formalités procédurales. Ces scrutins légitiment la mainmise des élites au pouvoir, au mépris des aspirations citoyennes. Freedom House a classé la majorité de ces pays comme « non libres » en 2025, en raison de la répression, des coupures d’Internet et des entraves à la société civile.
En Tanzanie, par exemple, les observateurs de l’UA ont reconnu dans leur rapport préliminaire que l’élection n’était « pas conforme aux principes et cadres normatifs » de l’organisation. Pourtant, le président de la Commission de l’UA, Mahamoud Ali Youssouf, avait félicité le président sortant avant même la publication de ce rapport, illustrant le décalage entre diplomatie et critique.
Des coups d’État légitimés par les urnes ?
Dans des pays ayant connu des coups d’État, comme le Gabon et la Guinée, l’UA a levé les suspensions après les élections organisées par les putschistes. Pourtant, ces scrutins servent davantage à normaliser les prises de pouvoir anticonstitutionnelles qu’à rétablir la démocratie. L’article 25 de la Charte africaine interdit explicitement aux auteurs de changements anticonstitutionnels de se présenter aux élections de transition.
Au Burkina Faso, au Niger et au Mali, les juntes militaires ont reporté à plusieurs reprises les dates des élections, transformant ces scrutins en outils de consolidation du pouvoir plutôt qu’en étapes vers la démocratie. Le deuxième rapport semestriel de Youssouf sur les élections de 2025 souligne l’inefficacité des instruments contre les coups d’État, appelant à des mécanismes plus dissuasifs. Des sanctions plus strictes, comme celles proposées par le président kenyan William Ruto, restent cependant lettre morte.
L’UA, spectatrice ou actrice du changement démocratique ?
Les élections de 2025 mettent en lumière les limites des approches de l’UA, qui se concentrent sur la forme plutôt que sur le fond. En Ouganda, malgré des restrictions de l’opposition, des coupures d’Internet et des harcèlements contre la société civile, l’UA a salué la consolidation des « acquis démocratiques ». Une déclaration qui interroge sur l’efficacité réelle de ses missions.
Avec près de 15 pays africains prévoyant des élections en 2026, dont beaucoup dans des régimes autoritaires, la question se pose : l’UA continuera-t-elle à se contenter d’observer, ou prendra-t-elle des mesures pour renforcer la démocratie avant, pendant et après les scrutins ? Le défi est de taille, d’autant que les États membres divergent dans leurs interprétations des principes normatifs.
Une chose est sûre : sans une réforme profonde de ses mécanismes, l’UA risque de rester un simple témoin des élections africaines, plutôt qu’un acteur clé de leur transformation démocratique.