Mali : l’ONU s’inquiète du durcissement du régime et du recul démocratique
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a manifesté sa profonde préoccupation face au déclin de la démocratie au Mali. Selon l’organisation internationale, le pays s’enfonce dans une gouvernance de plus en plus autoritaire, marquée par une répression systématique des voix dissidentes.
Un processus électoral totalement paralysé
Depuis le renversement du président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020, les espoirs d’un retour rapide à un ordre constitutionnel s’amenuisent. Le général Assimi Goïta, à la tête de la transition, semble consolider son emprise sur l’État. Volker Türk souligne que les récentes réformes législatives ont pratiquement verrouillé toute possibilité de scrutin démocratique dans un futur proche.
En juillet dernier, une nouvelle disposition légale a autorisé le chef de l’État à prolonger son autorité de manière indéfinie, sous prétexte de stabiliser le pays. Cette mesure fait suite à l’interdiction pure et simple des activités des partis politiques et des associations citoyennes. Pour l’ONU, ces décisions privent les citoyens maliens de leur droit fondamental à choisir librement leurs dirigeants.
Une traque contre la dissidence politique
Le climat politique au Mali s’est considérablement durci, comme en témoigne l’arrestation de l’ancien Premier ministre Moussa Mara. Ce dernier a été interpellé après avoir manifesté son soutien aux prisonniers d’opinion sur les réseaux sociaux. Il est désormais accusé d’avoir porté atteinte à la crédibilité des institutions étatiques.
Volker Türk dénonce une utilisation abusive de l’appareil judiciaire pour faire taire toute opposition. Cette stratégie de musellement touche aujourd’hui des citoyens de tous horizons, victimes d’inculpations arbitraires visant à étouffer la contestation et la liberté d’expression.
Violences et exactions contre les populations civiles
Sur le plan sécuritaire, le Mali demeure confronté à la menace terroriste du GSIM (affilié à Al-Qaïda) et de Daech. Ces groupes sèment la terreur dans la zone des trois frontières, entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. En réponse, les forces armées maliennes, soutenues par les paramilitaires russes de l’Africa Corps, multiplient les offensives.
Cependant, ce conflit armé pèse lourdement sur les civils. Les Nations Unies font état d’une multiplication des violations graves depuis le printemps : exécutions sommaires, disparitions forcées et arrestations illégales commises par les différents belligérants. Pour l’ONU, l’absence de perspectives électorales couplée à cette violence généralisée risque de plonger durablement le Mali dans une impasse politique majeure.