Mauritanie : les réfugiés maliens entre espoir de retour et peurs d’un nouveau départ
À Fassala, petite localité mauritanienne frontalière avec le Mali, Mosso* porte encore en lui les stigmates des violences qui l’ont forcé à fuir son foyer. Cet éleveur touareg de 57 ans a quitté la région de Mopti il y a trois semaines, après l’arrivée de miliciens étrangers qu’il identifie comme des membres de l’Africa Corps. Ces derniers, aux côtés de l’armée malienne, mènent une lutte contre les groupes armés dans le nord du pays. Leur présence a marqué un tournant dans le conflit qui déchire le Mali depuis des années.
« Si les mercenaires russes quittent le Mali, nous rentrerons chez nous », confie-t-il avec une lueur d’espoir. Ses propos reflètent l’état d’esprit de nombreux Maliens réfugiés en Mauritanie, qui voient dans le départ des paramilitaires russes une condition sine qua non à leur retour. Mais cette espérance reste fragile, entrecoupée de craintes liées aux combats toujours intenses et à l’incertitude politique.
Un conflit aux conséquences dévastatrices pour les civils
Les attaques récentes menées par des groupes armés comme le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim, lié à Al-Qaïda) ont infligé un lourd tribut à la junte malienne, notamment avec la mort du ministre de la Défense lors des affrontements. Ces événements ont provoqué un nouveau mouvement de réfugiés, dont une partie a trouvé refuge en Mauritanie, un pays réputé pour sa stabilité dans une région sahélienne en proie à l’instabilité.
« C’est Goïta qui a fait venir Wagner », dénonce Mosso. Pour lui, l’arrivée des mercenaires russes, autrefois associés au groupe Wagner, a aggravé la crise. Son récit est accablant : son frère a été tué sous ses yeux par des paramilitaires russes, un drame qui a poussé sa famille à l’exil. Des témoignages similaires émergent parmi les réfugiés, qui accusent à la fois l’armée malienne et ses alliés russes de violences contre les civils, souvent suspectés de collaboration avec les rebelles ou les jihadistes.
Entre espoir de retour et craintes d’un nouvel exode
Les images d’un convoi de mercenaires russes quittant Kidal, ville stratégique du Nord malien reprise par la rébellion fin avril, ont semé un début d’optimisme parmi les réfugiés. Environ 300 000 Maliens ont trouvé asile dans la région mauritanienne du Hodh Chargui depuis le début de la crise en 2012. Parmi eux, 120 000 vivent dans le camp de Mbera, où les tensions sont palpables.
Ahmed*, 35 ans, réfugié à Mbera, espère lui aussi un retour au pays. « Je souhaite la chute des militaires, responsables de tous nos malheurs », déclare-t-il. Pour lui, l’arrivée des paramilitaires russes a tout empiré. « C’est à cause d’eux que nous sommes ici aujourd’hui. » Son témoignage illustre la méfiance envers les forces en présence au Mali, perçues comme des facteurs d’aggravation de la crise.
Une alliance controversée
Abdallah*, un réfugié touareg de 77 ans, exprime ses réserves quant aux récentes avancées militaires du FLA. « Je ne suis pas heureux que le FLA ait repris Kidal », confie-t-il. Selon lui, l’alliance entre ce mouvement indépendantiste et les jihadistes du Jnim est une erreur stratégique. « Le Jnim est un groupe terroriste. Leur vision ne correspond pas à la nôtre, celle de musulmans pacifiques et modérés. »
Les blocus imposés par les jihadistes depuis octobre 2023 ont provoqué une nouvelle vague de déplacés, principalement des femmes et des enfants. Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), près de 14 000 personnes ont franchi la frontière pour échapper aux violences. Une situation qui met sous pression les ressources locales en Mauritanie, déjà limitées dans cette région désertique.
Un avenir incertain pour les réfugiés
Les organisations humanitaires surveillent avec inquiétude l’évolution de la situation. « Nous sommes très préoccupés par la dégradation continue de la sécurité au Mali », souligne un porte-parole du HCR en Mauritanie. Les combats récents pourraient entraîner un nouvel afflux de réfugiés, alors que les tensions persistent déjà sur les pâturages, l’eau et les services de base comme la santé.
Cheikhna Ould Abdallahi, maire de Fassala, alerte sur les répercussions locales de cette crise. « Avec plus de 70 000 réfugiés dans notre commune, les ressources deviennent de plus en plus rares. » Il craint que l’intensification des violences au Mali n’aggrave encore la situation.
Pour Tilleli*, 22 ans, mère d’une fillette d’un an, le retour au pays semble encore lointain. Elle a fui son village de Mopti il y a un mois après que des soldats et des mercenaires russes l’aient pillé et incendié. « Je ne rentrerai que si les Wagner quittent le Mali », affirme-t-elle avec détermination. Mais son espoir est tempéré par une réalité brutale : « Je ne crois pas que la paix reviendra rapidement. »