Minerais critiques : la RDC dénonce l’inaction onusienne face au Rwanda à l’ONU

Minerais critiques : la RDC dénonce l’inaction onusienne face au Rwanda à l’ONU

L’urgence d’une gouvernance responsable des minerais critiques à l’épreuve des conflits

Lors d’une réunion de haut niveau à New York, la République démocratique du Congo a tiré la sonnette d’alarme sur les conséquences dévastatrices de l’exploitation illicite de ses ressources naturelles. Portée par la délégation conduite par Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’État en charge des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, la voix de Kinshasa a résonné avec force à l’Assemblée générale des Nations unies.

Le cœur du débat s’est concentré sur les minerais stratégiques, dont la production est vitale pour les transitions énergétiques mondiales. La RDC, riche de ces ressources, a mis en lumière les dangers persistants que représentent les activités illégales dans l’est du pays.

Le coltan de Rubaya : symbole des failles de la gouvernance internationale

Le bassin minier de Rubaya, principal site de production de coltan au monde, incarne les dysfonctionnements d’un système où les profits nourrissent les conflits. Selon les rapports des experts onusiens, près de 1 400 tonnes de coltan auraient été illicitement exportées vers le Rwanda en l’espace d’une année seulement, générant des revenus estimés à 800 000 dollars mensuels pour des groupes armés soutenus par Kigali.

« L’exploitation illicite de nos ressources ne se limite pas à une question économique. Elle saper l’autorité de l’État, érode notre souveraineté et compromet l’intégrité de notre territoire. Le cas de Rubaya est emblématique : il montre comment des minerais stratégiques financent les groupes armés et déstabilisent la région », a déclaré Thérèse Kayikwamba Wagner lors de son intervention.

L’armée rwandaise dans le viseur de Kinshasa

La RDC a pointé du doigt l’absence de sanctions onusiennes contre les Forces de défense rwandaises, malgré les preuves accablantes fournies par les missions d’experts des Nations unies. Une lacune qui, selon Kinshasa, révèle un manque criant de fermeté de la communauté internationale face aux violations de l’intégrité territoriale.

« Comment expliquer que les Forces de défense rwandaises, malgré les preuves documentées de leur implication dans le trafic de minerais, échappent toujours aux sanctions onusiennes ? Cette inaction témoigne d’une faille structurelle dans l’architecture internationale, où la gouvernance des ressources naturelles reste trop souvent cantonnée au seul développement, sans lien avec la paix et la sécurité », a souligné la cheffe de la diplomatie congolaise.

Vers un cadre international renforcé pour la paix et la prospérité

Dans le cadre de sa présidence du Conseil de sécurité des Nations unies, la RDC a plaidé pour une approche intégrée liant gestion des ressources naturelles, prévention des conflits et consolidation de la paix. Une vision qui, selon elle, doit se traduire par des mesures concrètes et mesurables sur le terrain.

Parmi les propositions avancées :

  • Établir un lien direct entre l’exploitation des minerais et les mécanismes de prévention des conflits ;
  • Renforcer la traçabilité des ressources pour lutter contre la fraude et le financement des groupes armés, sans pénaliser les exploitants légitimes ;
  • Encourager des partenariats équilibrés avec les pays producteurs, incluant transfert de technologies, industrialisation et accès aux marchés.

« Les partenariats ne doivent pas se limiter à l’accès aux matières premières. Ils doivent inclure la valorisation locale, le développement des infrastructures, le transfert de savoir-faire et l’accès au financement. La responsabilité doit s’étendre à l’ensemble de la chaîne de valeur, des producteurs aux consommateurs », a insisté Thérèse Kayikwamba Wagner.

La transition énergétique doit bénéficier aux populations productrices

La RDC a rappelé que la réussite de la transition énergétique mondiale ne pourra être jugée uniquement sur des critères industriels ou commerciaux. Le véritable test résidera dans l’impact concret sur les populations des pays producteurs, comme la RDC, qui fournissent les minerais indispensables à cette transition.

« La transition énergétique ne doit pas remplacer une dépendance par une autre. Elle doit garantir que les pays producteurs, leurs travailleurs et leurs communautés en tirent des bénéfices concrets : sécurité, souveraineté et prospérité. C’est cette équité que nous devons exiger », a conclu la ministre.

Cette prise de position s’inscrit dans un contexte géopolitique complexe. Malgré les accords diplomatiques signés entre la RDC, les États-Unis et le Rwanda, visant notamment au retrait des forces rwandaises du territoire congolais, la situation sécuritaire reste précaire. Les négociations sous égide qatarie, destinées à apaiser les tensions, peinent à aboutir.

Les rebelles de l’AFC/M23, accusés d’être soutenus par Kigali, maintiennent leur emprise sur des zones clés du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, aggravant une crise humanitaire déjà critique. Ce décalage persistant entre les engagements diplomatiques et la réalité sur le terrain rappelle l’urgence d’une action coordonnée et déterminée.

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