Sénégal : les nominations judiciaires au cœur des enjeux politiques de 2029

Sénégal : les nominations judiciaires au cœur des enjeux politiques de 2029
Nominations judiciaires : « Voici comment ils préparent l'exclusion de Ousmane Sonko en 2029 »

Au Sénégal, les récentes désignations au sein de l’appareil judiciaire alimentent de sérieuses préoccupations concernant leurs répercussions sur la scène politique nationale. L’analyste politique Mamadou Wane estime que le Président Bassirou Diomaye Faye pourrait orchestrer une stratégie visant à écarter Ousmane Sonko de la course présidentielle de 2029, une démarche qui, selon lui, sous-estime la ténacité du peuple sénégalais.

Ces désignations de magistrats, notamment au Conseil constitutionnel et à la Cour d’Appel de Saint-Louis, signalent un tournant majeur au sommet de l’État. Pour le politologue Mamadou Wane, surnommé « Mao », le Président Bassirou Diomaye Faye initie une tactique de révisionnisme, cherchant à restaurer un système néocolonial et à neutraliser politiquement Ousmane Sonko avant 2029. Cette manœuvre discrète, prédit-il, se heurtera à la résistance inébranlable d’un peuple sénégalais forgé par des années de combats et d’un parti majoritaire dont l’élan est inédit.

L’expert anticipe que le Président Faye pourrait tenter d’exclure Ousmane Sonko de l’élection présidentielle de 2029 en manipulant les institutions, en particulier le système judiciaire, via la nomination d’anciens cadres à des postes stratégiques. Cependant, il juge une telle tentative vouée à l’échec, car elle ignore la capacité historique du peuple sénégalais à s’opposer. Il rappelle que l’actuel leader du PASTEF a toujours bénéficié d’un soutien populaire massif qui a empêché son exclusion définitive lors des précédents scrutins.

Le Président Bassirou Diomaye Faye a, par décret du 13 juillet 2023, désigné le magistrat Ousmane Diagne comme nouveau président du Conseil constitutionnel, succédant à feu Mamadou Badio Camara. Quelques jours auparavant, à la surprise générale, le chef de l’État avait choisi l’ancien procureur de la République, Serigne Bassirou Guèye, pour occuper la fonction d’avocat général à la Cour d’Appel de Saint-Louis.

Ces deux magistrats ont eu des désaccords manifestes avec le leader du PASTEF, Ousmane Sonko. Tandis que les divergences avec l’ancien ministre de la Justice, Ousmane Diagne, portaient sur la lenteur du traitement des dossiers de reddition des comptes et le manque de volonté de poursuivre les commanditaires des violences de mars 2021 à février 2024, la relation avec Serigne Bassirou Guèye était ouvertement conflictuelle. Ousmane Sonko a maintes fois accusé le magistrat Guèye, alors procureur de la République, d’avoir falsifié le rapport d’enquête de la gendarmerie pour orchestrer un complot politique à son encontre.

Mao Wane préfère ne pas préjuger du nouveau président du Conseil constitutionnel, dont il attend les futures actions : « Je n’émets pas le même jugement sur Ousmane Diagne ; il ne faut pas lui faire un procès d’intention. En revanche, Serigne Bassirou Guèye est allé jusqu’à falsifier le dossier de Sonko dans l’affaire du complot et du viol. Dès lors qu’un magistrat recourt à de telles pratiques, il ne devrait plus exercer de fonctions judiciaires. »

Une tentative de restauration du système néocolonial

Selon le politologue, la situation actuelle s’inscrit dans une dynamique de révisionnisme, qu’il définit comme une aspiration à rétablir l’ordre ancien. Les récentes nominations reflètent le retour en force des figures de l’ancien régime et s’insèrent dans une stratégie globale du Président Bassirou Diomaye Faye visant à bâtir une nouvelle force politique centriste, en s’appuyant sur un parti composé de cadres de l’ancienne coalition au pouvoir.

« Par révisionnisme, j’entends une volonté de revenir à l’ordre ancien. À mes yeux, la rupture est désormais consommée entre, d’un côté, le camp qui cherche à restaurer le système néocolonial et, de l’autre, celui de la souveraineté, du patriotisme et de la révolution démocratique », précise cet observateur de la scène politique depuis quatre décennies.

Le sociologue met cependant en garde le chef de l’État et ses partisans contre toute tentative d’exclusion d’Ousmane Sonko : « Ceux qui envisagent d’agir dans ce sens souffrent de myopie politique et oublient que le peuple sénégalais possède une longue tradition de résistance. Si Diomaye et son équipe en sont là aujourd’hui, c’est uniquement parce que le peuple s’est mobilisé. Vouloir liquider politiquement Sonko en pensant qu’il suffit de dissoudre l’Assemblée pour condamner un député sous n’importe quel prétexte est une manœuvre qui ne prospérera pas. »

La force du PASTEF et l’éveil permanent de la jeunesse

Pour Mao Wane, l’engouement exceptionnel autour de la vente des cartes du PASTEF constitue un indicateur incontestable du rapport de force réel sur le terrain. « Aujourd’hui, le PASTEF apparaît comme le parti le mieux structuré, le plus dynamique et celui qui bénéficie du leadership le plus puissant autour d’Ousmane Sonko. Cette organisation et son réseau militant font toute la différence », analyse-t-il.

Selon lui, le peuple sénégalais a atteint une maturité démocratique irréversible depuis les alternances de 2000 et de 2012, renforcée par les trois années de lutte intense entre 2021 et 2024 : « En mars 2021, le peuple n’a pas résisté pendant quelques jours seulement. Il a tenu pendant près de trois ans. Il a acquis une véritable expérience de la résistance politique et appris comment faire reculer un régime, quels que soient ses moyens de contrôle », insiste le politologue. Cette mémoire collective rend, à ses yeux, toute tentative d’élimination politique du leader du PASTEF d’ores et déjà vouée à un échec.

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