Niger : les milliards cachés du cpfd et domol leydi vont-ils saborder la défense nationale ?

Niger : les milliards cachés du cpfd et domol leydi vont-ils saborder la défense nationale ?

Un décret militaire au cœur d’un conflit de souveraineté

Au Niger, un décret signé en mai 2024 a lancé une machine administrative et financière colossale : le Commandement des Forces de Protection et de Développement (CFPD). Derrière cette appellation technique se cache une question existentielle pour l’État : qui, au sommet du pouvoir, contrôle vraiment les ressources et les hommes chargés de sécuriser les intérêts vitaux du pays ? Entre les généraux Tiani et Mody, l’ancien Premier ministre Lamine Zeine et les structures d’autodéfense Domol Leydi, le bras de fer dépasse largement le cadre bureaucratique. Il engage la crédibilité même des institutions nigériennes.

Sécurité ou pouvoir : le piège des 1,8 milliard FCFA par mois

Le CFPD, présenté comme un outil de protection des infrastructures stratégiques (mines, oléoducs, pipelines), repose sur un mécanisme financier sans précédent. Selon le décret n°2024-309/P/CNSP/MDN, chaque soldat mobilisé pourrait coûter jusqu’à 12 000 FCFA par jour, soit un total théorique de 1,8 milliard FCFA mensuels. Mais ces chiffres, présentés comme une projection, soulèvent une interrogation cruciale : combien a réellement été versé ? À quels effectifs correspond cette somme ? Et surtout, qui en a bénéficié ? L’enjeu dépasse le simple contrôle budgétaire : il touche à la capacité opérationnelle de l’État face aux menaces terroristes.

Les contrats miniers : un pactole sous haute tension

Le décret prévoit que les contributions des entreprises minières et pétrolières (comme CNPC-NP ou SORAZ) financent en partie le CFPD. Pourtant, aucune transparence n’est imposée sur les montants effectivement perçus. Les documents publics, s’ils existent, restent muets. Pire : des tensions internes à l’appareil d’État laissent planer un doute sur l’utilisation réelle de ces fonds. Une instruction présidentielle aurait-elle bloqué certains versements ? Sans preuves tangibles, cette hypothèse reste une ombre au-dessus de la légitimité du dispositif.

Domol Leydi : l’autodéfense communautaire ou un double jeu institutionnel ?

En 2025, une ordonnance instaure les Domol Leydi, ces groupes d’autodéfense communautaires officiellement placés sous l’égide des Forces de défense. Leur création répond à un impératif sécuritaire, mais leur multiplication interroge : pourquoi un État en guerre contre le terrorisme superpose-t-il deux mécanismes de protection ? Le CFPD, structure militaire spécialisée, et Domol Leydi, mobilisés sur le même terrain, risquent de créer une confusion dangereuse dans la chaîne de commandement. Qui recrute ? Qui paie ? Qui assume la responsabilité en cas d’échec ?

La Primature et les Finances : deux leviers en conflit

En janvier 2026, Lamine Zeine perd le ministère des Finances tout en conservant la Primature. Un revirement qui n’est pas anodin : le général Mody, ministre de la Défense, aurait envisagé de cumuler ce poste avec la Primature. Une concentration des pouvoirs qui, si elle était avérée, donnerait à une seule autorité le contrôle des effectifs, des finances et des missions stratégiques. Un scénario digne d’une république bananière, où les rivalités personnelles priment sur l’intérêt national.

Effectifs, contrats et argent : la trilogie maudite

Pour démêler l’écheveau, trois éléments doivent être scrutés : les effectifs réels du CFPD, les contrats passés avec les entreprises, et les flux financiers associés. Les documents disponibles – états de présence, ordres de mission, états d’effectifs – sont les seuls à même de lever le voile. Sans eux, les 1,8 milliard FCFA ne sont qu’une fiction administrative. Pire : ils pourraient masquer des détournements, des sous-traitances opaques, ou pire encore, l’instrumentalisation des ressources de défense pour des intérêts de faction.

La haute trahison n’est pas un mot en l’air

Au Niger, la haute trahison n’est pas une accusation à prendre à la légère. Selon la Constitution de 2010, elle vise les atteintes aux intérêts fondamentaux de l’État, comme la cession frauduleuse de ressources naturelles ou la compromission de la souveraineté. Si des preuves démontrent que des responsables ont sciemment détourné les fonds du CFPD pour des gains personnels ou des luttes de pouvoir, les conséquences juridiques seraient immenses. Mais avant de brandir ce terme, encore faut-il des éléments concrets. Et aujourd’hui, ils manquent cruellement.

La souveraineté à l’épreuve des rivalités

L’affaire CFPD-Domol Leydi n’est pas qu’une querelle de couloir. Elle révèle une faille structurelle dans la gouvernance nigérienne : l’incapacité à tracer une ligne claire entre sécurité nationale et luttes de pouvoir. Tant que les hommes, les contrats et l’argent resteront opaques, la crédibilité de l’État sera minée. Les discours sur la souveraineté ne suffiront pas : il faudra des comptes, des audits indépendants, et surtout, la fin des arrangements entre initiés.

Le scénario catastrophe : quand l’argent de la défense sert à autre chose

Imaginez un instant : des fonds destinés à sécuriser un oléoduc sont détournés pour financer une milice parallèle. Des contrats miniers financent des réseaux clientélistes. Des effectifs fantômes servent à justifier des dépenses faramineuses. Ce scénario, s’il était avéré, serait bien plus qu’un scandale : ce serait une trahison de la Nation. Car en matière de défense, la première des priorités est la transparence. Sans elle, même les meilleures intentions se transforment en leur contraire.

La seule issue : des preuves, rien que des preuves

Pour sortir de ce marasme, il n’y a qu’une solution : suivre l’argent. Exiger les états de paiement. Auditer les contrats. Croiser les effectifs déclarés avec les effectifs réels. Comparer les missions prévues avec les missions exécutées. Seule une investigation rigoureuse pourra répondre aux questions qui hantent le Niger depuis deux ans. Car dans cette affaire, comme dans toute crise institutionnelle, la vérité n’est pas une option : c’est une nécessité vitale.

Fanta Ouattara

Éditorialiste