RDC orientale : l’emprise du M23 sur le coltan de Rubaya et la ferme condamnation de Paris
- Économie
La France a récemment réaffirmé son soutien indéfectible à la République démocratique du Congo (RDC) dans sa démarche cruciale visant à placer la gouvernance des ressources naturelles au centre des discussions du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette initiative congolaise vise également à analyser les lacunes du cadre normatif international face aux économies de guerre et à établir un modèle de gestion des ressources plus cohérent, transformant ainsi ces richesses en un moteur de paix, un accélérateur de la transition énergétique et numérique, et un pilier pour la résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Lors d’une réunion significative, tenue à New York à l’instigation de Kinshasa, le représentant permanent de la France auprès de l’ONU, Jérôme Bonnafont, a souligné la dimension désormais capitale des ressources naturelles comme enjeu de paix et de sécurité internationale. Il a mis en évidence la compétition acharnée pour le contrôle de ces ressources, la qualifiant de catalyseur majeur des conflits contemporains. Cette rivalité engendre non seulement l’instabilité, mais fournit également des fonds essentiels à des groupes armés et à des réseaux d’exploitation illégale.
« Le lien entre les ressources naturelles et la paix est un sujet fondamental, au cœur de nombreuses situations de conflit et de crises. La compétition pour le contrôle des ressources naturelles est un facteur d’instabilité et une source de revenus pour de multiples acteurs, locaux ou internationaux, qui s’adonnent à leur exploitation illégale », a-t-il déclaré, insistant sur l’importance de ce thème pour la présidence congolaise du Conseil de sécurité.
Jérôme Bonnafont a particulièrement mis en exergue la situation préoccupante sur le continent africain, où les vastes richesses naturelles sont continuellement pillées au profit de groupes armés ou d’intérêts extérieurs. Cette mainmise illégale sur les ressources exacerbe les conflits, alimente la violence et prolonge les souffrances des populations civiles. Des cas comme celui du Soudan, où l’or et la gomme arabique financent la poursuite des affrontements, en sont des exemples flagrants, comme le confirment les rapports d’experts.
Abordant la situation critique dans l’est de la RDC, le diplomate français a explicitement pointé du doigt le groupe armé M23 pour son implication dans l’exploitation des ressources minières. Il a rappelé que les populations congolaises subissent depuis de nombreuses années les conséquences dévastatrices de cette exploitation illicite. Le M23, en effet, exercerait un contrôle sur 15 % à 30 % de la production mondiale de coltan via le site de Rubaya, finançant ainsi son administration illégale et violant la souveraineté et l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo.
La France a également réitéré son appel au strict respect de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies. Jérôme Bonnafont a martelé la nécessité impérieuse de cesser immédiatement les hostilités, d’obtenir le retrait effectif des Forces de défense rwandaises du territoire congolais, de mettre un terme au soutien rwandais au M23 et de neutraliser définitivement les FDLR. Cette résolution, a-t-il rappelé, exhorte également à intensifier la lutte contre l’exploitation illicite des ressources naturelles, notamment en renforçant les mécanismes internationaux de transparence et de traçabilité des minerais.
Le Conseil de sécurité, a-t-il ajouté, doit impérativement mobiliser tous les outils à sa disposition face aux conflits exacerbés par les trafics illicites de ressources naturelles. Les groupes d’experts jouent un rôle inestimable en documentant ces dynamiques et leur contribution au financement d’activités déstabilisatrices, notamment en République démocratique du Congo, au Soudan et en République centrafricaine. Les régimes de sanctions correspondants doivent être appliqués sans hésitation pour rompre le lien pernicieux entre le pillage des ressources naturelles et le financement des acteurs de ces conflits.
La République démocratique du Congo poursuit activement les engagements de sa présidence du Conseil de sécurité. Cette réunion sur les ressources naturelles s’inscrit dans la continuité d’un précédent briefing du Conseil dédié aux violences sexuelles liées aux conflits, tenu sous la présidence de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Cette séquence diplomatique souligne les priorités de la présidence congolaise, qui a notamment mis en lumière le coût humain des économies de guerre et l’urgence de renforcer la prévention, la protection des survivantes, la lutte contre l’impunité et les mécanismes de réparation.
Ces initiatives se déroulent dans un contexte complexe, marqué par le partenariat stratégique conclu entre la RDC et les États-Unis sur les minerais critiques, ainsi que par l’accord de Washington entre Kinshasa et Kigali. Cet accord prévoyait des mesures de désescalade, le retrait progressif des forces rwandaises du territoire congolais et la neutralisation des groupes armés, comme les FDLR, considérés par Kigali comme une menace sécuritaire. Cependant, malgré ce cadre diplomatique, salué lors de sa signature, la situation sécuritaire demeure extrêmement précaire. Sur le terrain, le processus de Doha, mené sous l’égide du Qatar pour faciliter le dialogue entre Kinshasa et la rébellion AFC/M23, reste malheureusement dans l’impasse.
Les rebelles de l’AFC/M23 continuent de contrôler des zones stratégiques, incluant les villes de Goma et Bukavu, ainsi que plusieurs autres localités dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les affrontements persistent dans diverses régions, tandis que les efforts diplomatiques peinent à produire des résultats tangibles et durables. Cette situation met en évidence le décalage persistant entre les annonces diplomatiques et la dure réalité vécue sur le terrain.