Reprise des relations maliennes : Alger doit imposer sa diplomatie au Sahel

Reprise des relations maliennes : Alger doit imposer sa diplomatie au Sahel

Le Mali et l’Algérie enterrent la hache de guerre : une alliance inattendue

Après plus d’un an de tensions extrêmes, Bamako et Alger ont surpris la communauté internationale en annonçant le rétablissement de leurs relations diplomatiques. Un dégel aussi soudain qu’inattendu, intervenu sans signe avant-coureur, alors que le Mali accusait ouvertement l’Algérie de soutien actif aux groupes terroristes aux frontières communes.

Le président de transition du Mali, le général Assimi Goïta, lors du deuxième sommet de l'Alliance des États du Sahel à Bamako en décembre 2025.

Un rapprochement sous haute tension : qui tire les ficelles ?

Les relations entre le Mali et l’Algérie avaient atteint leur paroxysme en avril 2025, lorsque Bamako accusait Alger d’avoir violé son espace aérien en abattant un drone. Depuis, les échanges diplomatiques étaient gelés, alimentés par des accusations mutuelles de complicité avec les groupes armés, notamment le Jnim (affilié à al-Qaïda) et le FLA (mouvement indépendantiste).

Des rumeurs persistent sur l’influence du Niger, qui a récemment renoué avec l’Algérie, comme médiateur clé. Certains observateurs évoquent aussi un rôle indirect de la Russie, sans preuve tangible. Ce dégel, bien réel, reste fragile et suscite autant d’espoirs que de méfiances.

La fin du tout-militaire ? Une révolution en marche

Depuis le coup d’État de 2020, les autorités maliennes de transition ont adopté une stratégie purement sécuritaire contre les groupes armés. Refusant tout dialogue, elles misent sur la force pour éradiquer le terrorisme. Pourtant, ce rapprochement avec l’Algérie pourrait bien forcer Bamako à revoir sa position.

Pour l’analyste Michaël Béchir Ayari, expert de l’Algérie à l’International Crisis Group, ce dégel s’accompagne nécessairement d’un primat du politique sur le militaire. « Un accord a forcément été négocié, et l’une de ses clauses majeures impose le retour à la logique politique », confie-t-il. L’Algérie, qui prône le dialogue, pourrait ainsi jouer un rôle central dans la stabilisation du Sahel.

Cependant, rien n’est garanti. Plusieurs obstacles se dressent : des spoilers (acteurs hostiles) pourraient saboter les efforts, une opinion publique malienne hostile aux pourparlers, ou encore des divisions internes au régime. Le Mali, en pleine déliquescence, n’a pourtant pas les moyens de s’effondrer davantage.

L’Algérie, entre équilibre et pragmatisme

Depuis des décennies, Alger oscille entre soutien aux autorités maliennes et contacts avec les groupes armés. Une position délicate pour un pays qui craint avant tout une contagion de l’instabilité au sud de son territoire. « L’Algérie ne soutient pas activement les groupes terroristes, mais elle ferme parfois les yeux sur leurs activités », explique l’expert.

Cette politique d’équilibriste pourrait évoluer avec le dégel. Un retour de la coopération sécuritaire est attendu, ainsi qu’un renforcement de l’échange de renseignements. L’Algérie, qui entretient des liens avec certains leaders du FLA, pourrait même faciliter des discussions indirectes avec Bamako.

Et demain ? Un deal durable ou une parenthèse fragile ?

Ce rapprochement s’inscrit-il dans la durée ? Pour Michaël Béchir Ayari, tout dépendra des prochaines étapes. « Les communiqués diplomatiques ne suffisent pas. Il faut attendre des actes concrets ». Si le deal tient, la première preuve sera une amélioration immédiate de la sécurité aux frontières.

Mais les défis sont immenses : les groupes armés gagnent du terrain, les tensions internes au Mali persistent, et la région reste un foyer de crises. Une chose est sûre : après des mois de silence hostile, le Mali et l’Algérie ont choisi la détente. À eux maintenant de la faire durer.

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