Sénégal : les investissements étrangers en forte baisse, quelles solutions ?
Sénégal : pourquoi les investissements directs étrangers s’effondrent-ils en 2025 ?
Avec seulement 37 millions de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) enregistrés en 2025, le Sénégal affiche un repli spectaculaire par rapport aux années précédentes. Pourtant, ce pays d’Afrique de l’Ouest dispose d’un potentiel économique indéniable, illustré par des projets majeurs comme Sangomar et Grand Tortue. Une analyse des causes de cette chute brutale et des pistes pour inverser la tendance.
Entre 2020 et 2023, le Sénégal bénéficiait en moyenne de trois milliards de dollars d’IDE par an. Une performance qui plaçait le pays parmi les destinations africaines les plus attractives. Pourtant, en 2025, ce chiffre s’est effondré à 37 millions de dollars. Une chute qui interroge : est-elle conjoncturelle ou révèle-t-elle un désamour des investisseurs pour le pays ?
Une baisse liée à l’achèvement des grands projets énergétiques
Le recul des investissements s’explique en grande partie par la finalisation des projets pétroliers et gaziers de Sangomar et Grand Tortue. Ces infrastructures ont attiré des flux massifs ces dernières années, mais leur phase de construction touche désormais à sa fin. Le Sénégal entre dans une période de production, où les besoins en capitaux étrangers diminuent.
Cependant, cette explication ne suffit pas à justifier un tel effondrement. D’après les experts, le pays pourrait encore capter entre trois et cinq milliards de dollars d’IDE par an, à condition de renforcer sa stratégie d’attraction. Moubarak Lo, ancien conseiller économique de la primature et consultant indépendant, souligne un manque criant de proactivité :
« Le Sénégal a les capacités structurelles pour maintenir des investissements massifs, mais cela exige une politique active de promotion économique. Le pays ne dispose pas d’un réseau efficace à l’international pour séduire les investisseurs. Les roadshows ne suffisent pas. Il faut passer à une approche proactive, comme celle déployée pour les titres d’État, mais adaptée aux investissements directs. »
Un environnement économique perçu comme instable
Malgré un endettement public élevé (132 % du PIB fin 2024 selon le FMI), les experts estiment que ce critère n’impacte pas directement les décisions des investisseurs privés. Justin Maria, directeur France d’Access Bank, rappelle que des pays comme la France, malgré une dette publique colossale, continuent d’attirer des capitaux étrangers.
Le véritable frein réside dans le manque de visibilité sur la santé économique du pays. Les investisseurs craignent l’absence de clarté sur les finances publiques, les liquidités disponibles et les perspectives à court terme. « Le Sénégal est désormais perçu comme un pays à risque », confie Justin Maria. « Ce n’est pas une question de fondamentaux, mais de prévisibilité. Sans vision claire, les capitaux hésitent. »
Des solutions pour relancer l’attractivité
Face à cette situation, les spécialistes proposent des pistes concrètes pour redonner confiance aux investisseurs. Moubarak Lo mise sur une relance ciblée des projets en cours :
- Cibler les leaders mondiaux : Le Sénégal dispose d’une vingtaine de projets d’envergure. L’objectif ? Approcher les entreprises clés au niveau international pour les convaincre d’investir localement.
- Renforcer la communication financière : Publier des rapports transparents sur la situation économique et les réformes en cours pour rassurer les marchés.
- Développer un réseau de promotion des investissements : S’inspirer des modèles mis en place par d’autres pays africains pour attirer les capitaux.
« On peut redresser la barre dès cette année, ou au plus tard en 2027 », assure Moubarak Lo. Une ambition réaliste, à condition d’agir rapidement et de restaurer la confiance des investisseurs.
Alors que des pays comme la Guinée enregistrent des hausses significatives de leurs IDE (plus de 7,7 milliards de dollars en 2025), le Sénégal doit impérativement retrouver sa place parmi les destinations phares du continent. La balle est désormais dans le camp des décideurs politiques et économiques.