Tchad : sécurité intérieure, un dialogue tendu au sénat
Tchad : sécurité intérieure, un dialogue tendu au sénat
Le ministre de la Sécurité publique tchadienne, le général Ali Ahmat Aghabache, a confronté ce jour les interrogations des sénateurs sur le fléau persistant de l’insécurité et des violences intercommunautaires dans plusieurs provinces du pays.
Dans l’enceinte du palais du sénat, sous la présidence du Dr Haroun Kabadi, les élus ont longuement débattu des tensions récurrentes qui secouent des régions comme le Mayo-Kebbi Ouest, le Salamat ou encore le Hadjar-Lamis. Ces affrontements, souvent meurtriers, ont fragilisé la cohésion sociale et mis à mal la stabilité des populations locales.
Les racines profondes des conflits au Tchad
Le général Aghabache a dressé un état des lieux sans concession des causes structurelles de ces violences. Parmi les facteurs clés identifiés :
- La rareté des ressources vitales : la sécheresse et le changement climatique réduisent les pâturages et les points d’eau, poussant éleveurs et agriculteurs vers des territoires déjà saturés. Les conflits pour l’accès à ces biens essentiels s’en trouvent exacerbés, notamment pendant la saison des pluies.
- Un vide juridique criant : l’absence de délimitations claires pour les couloirs de transhumance ou les droits fonciers alimente les litiges entre communautés. Les cartes inexistantes ou imprécises deviennent des sources de discordes.
- La croissance démographique : la pression sur les terres arables et les ressources hydriques s’intensifie avec l’augmentation de la population, créant un terreau fertile pour les tensions.
- L’instrumentalisation des clivages ethniques : certains acteurs politiques exploitent les divisions tribales pour servir des intérêts partisans, aggravant les fractures sociales.
- L’influence des conflits régionaux : la circulation d’armes légères en provenance des pays voisins transforme des disputes locales en affrontements armés meurtriers.
Le bilan humain de 2025 est accablant : 318 morts et 315 blessés ont été recensés, selon les chiffres officiels. Le ministre a tenu à saluer la mémoire des victimes et à exprimer sa solidarité aux familles endeuillées.
Des chiffres qui parlent : sécurité renforcée, mais défis persistants
Malgré un déploiement massif des forces de défense et de sécurité dans les zones sensibles, des poches de tension subsistent. Le ministre a reconnu que « nulle part au monde, l’insécurité n’est totalement absente », mais a insisté sur la nécessité de solutions durables. Entre 2024 et 2025, plus de 4 000 armes ont été saisies, et plus de 1 300 brigands arrêtés, tandis que des quantités importantes de drogues ont été interceptées. Pourtant, les sénateurs ont rappelé que ces efforts, bien que significatifs, restent insuffisants face à l’ampleur des défis.
Parmi les questions les plus pressantes : la prolifération des armes légères, les enlèvements contre rançon dans le Mayo-Kebbi Ouest, ou encore les exactions attribuées à la secte Boko Haram dans la province du Lac. Une sénatrice a également alerté sur la présence d’étrangers non identifiés, un phénomène qui, selon elle, menace la sécurité nationale.
Vers une approche globale pour pacifier le Tchad
Le général Aghabache a plaidé pour une stratégie multidimensionnelle, combinant action sécuritaire et initiatives politiques et sociales. Il a appelé les autorités locales, les chefs traditionnels et les élus à « prioriser la sensibilisation au vivre-ensemble », afin de désamorcer les conflits avant qu’ils ne dégénèrent. La création de nouveaux commissariats, comme à Abéché dans le Ouaddaï, a d’ailleurs permis de réduire significativement l’insécurité dans cette région.
Le ministre a conclu en réaffirmant l’engagement total de son département à garantir la sécurité des citoyens, tout en reconnaissant que la route vers une paix durable est encore longue et semée d’embûches.