Togo : arrestation de deux réalisateurs français, un verrouillage médiatique en question
Au TOGO, l’arrestation de deux réalisateurs français révèle un verrouillage médiatique inquiétant
Le 17 août 2026, Sébastien Perez Pezzani et Gaël Mocaër, deux professionnels français de l’image, ont été formellement incarcérés au TOGO après leur arrestation survenue mi-août dans le nord du pays. Leur détention, présentée officiellement sous le prétexte d’un manquement aux règles d’accréditation, s’inscrit en réalité dans une logique de contrôle accru de l’information par les autorités de Lomé.
Ces deux réalisateurs, arrêtés alors qu’ils travaillaient sur un documentaire, sont désormais sous mandat de dépôt. Une situation qui dépasse largement le cadre d’une simple infraction administrative pour s’imposer comme un symbole des tensions croissantes entre le pouvoir togolais et les acteurs médiatiques, qu’ils soient locaux ou étrangers.
Le prétexte sécuritaire : un verrouillage déguisé sous couvert de l’ordre public
Les autorités togolaises justifient leur décision en invoquant une violation des procédures d’accréditation et des conditions de visa. Cependant, cette justification masque mal une réalité plus profonde : celle d’un verrouillage systématique de l’espace médiatique, particulièrement dans les zones considérées comme sensibles.
Le nord du TOGO, régulièrement exposé à des incursions de groupes armés en provenance du Sahel, est placé sous un régime d’état d’urgence. Dans ce contexte, les autorités imposent un contrôle strict de toute activité journalistique, interdisant tout reportage non encadré par les services de sécurité. Cette politique s’inscrit dans la continuité d’une méfiance historique envers la presse étrangère, perçue comme une menace potentielle pour la stabilité du régime.
Cette approche rappelle une affaire similaire survenue en avril 2024, lorsque le journaliste français Thomas Dietrich avait été arrêté avant d’être expulsé dans des circonstances tout aussi controversées. Ces événements successifs confirment une tendance lourde : celle d’un pouvoir togolais déterminé à étouffer toute voix discordante, qu’elle provienne de l’intérieur ou de l’extérieur.
Une manœuvre diplomatique aux relents troubles
Au-delà des considérations juridiques, plusieurs observateurs soulignent que cette arrestation pourrait s’inscrire dans une stratégie plus large de pression diplomatique. En effet, certains y voient un moyen pour le régime de Faure Gnassingbé de faire pression sur Paris, notamment en lien avec la situation du journaliste togolais Ferdinand Ayité, réfugié en France et régulièrement ciblé par les autorités de Lomé.
Cette détention pourrait ainsi servir de monnaie d’échange, permettant au pouvoir togolais de négocier des concessions politiques ou diplomatiques. Une méthode qui, si elle se confirmait, placerait le TOGO sur la liste des pays n’hésitant pas à instrumentaliser la liberté de la presse à des fins stratégiques, au mépris des principes démocratiques.
La liberté de la presse, victime collatérale d’un pouvoir autoritaire
Cette affaire illustre une fois de plus la volonté du régime togolais de contrôler l’information à tout prix. Après avoir déjà muselé la presse indépendante locale, les autorités de Lomé semblent désormais s’attaquer aux journalistes étrangers, confirmant une stratégie globale de verrouillage médiatique.
Alors que les chancelleries étrangères s’activent discrètement pour obtenir la libération des deux réalisateurs français, cette situation met en lumière les méthodes d’un pouvoir prêt à tout pour maintenir son emprise sur le récit national. Une affaire qui, au-delà de ses implications immédiates, pose une question cruciale : jusqu’où un État est-il prêt à aller pour étouffer la liberté de la presse ?