Togo : la société civile exige des sanctions contre la réforme inconstitutionnelle
La décision récente de la Cour de justice de la CEDEAO, qualifiant de changement inconstitutionnel de gouvernement la révision constitutionnelle togolaise de 2024, a déclenché une vague de protestations parmi les organisations de la société civile. Ces dernières réclament désormais des sanctions immédiates contre le pouvoir en place à Lomé, marquant un tournant dans la crise politique qui secoue le pays.
Un collectif de 43 organisations dénonce la manœuvre politique
En ce mois d’août 2026, quarante-trois structures citoyennes, tant locales qu’internationales, ont signé une déclaration commune adressée aux instances dirigeantes de la CEDEAO et de l’Union africaine. Leur objectif ? Faire reconnaître l’illégalité de la réforme constitutionnelle adoptée en mai 2024 par le président Faure Gnassingbé, qui a transformé le régime présidentiel en un système parlementaire.
Selon les signataires, cette modification avait pour unique dessein de contourner la limitation des mandats présidentiels et de permettre au chef de l’État de conserver son influence via le poste de « Président du Conseil des ministres ». Une manœuvre qualifiée de coup d’État constitutionnel par les observateurs politiques.
La décision de la CEDEAO comme preuve d’illégalité
L’arrêt rendu par la Cour de justice de la CEDEAO confirme les craintes exprimées depuis 2024 par l’opposition et la société civile. Les organisations rappellent que le Togo, en tant que membre fondateur de la CEDEAO, est engagé par le Protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance de 2001. Elles insistent : « Le droit communautaire doit s’appliquer sans exception. Si l’Afrique de l’Ouest souhaite lutter efficacement contre les coups d’État, elle doit sanctionner avec la même rigueur les modifications constitutionnelles abusives. »
Des exigences précises pour une réponse régionale ferme
Dans leur communiqué, les 43 organisations ne se limitent pas à soutenir la décision juridique. Elles exigent une réaction concrète et immédiate de la part des institutions régionales. Leurs revendications principales incluent :
- Activation des sanctions prévues par le Protocole de la CEDEAO pour violation des principes démocratiques ;
- Suspension diplomatique du Togo au sein des instances régionales ;
- Nomination d’un Rapporteur spécial de l’ONU pour surveiller la situation des libertés publiques ;
- Organisation d’un dialogue national inclusif sous l’égide d’une médiation internationale.
Un défi pour la crédibilité des institutions régionales
Cette crise politique au Togo interroge plus largement la capacité de la CEDEAO à faire respecter ses propres règles. Depuis une décennie, le pays est régulièrement pointé du doigt pour ses tripatouillages constitutionnels successifs. La réponse que donneront les chefs d’État de la CEDEAO dans les semaines à venir sera déterminante : devront-ils privilégier la stabilité diplomatique ou le strict respect des principes démocratiques ? Une chose est sûre : le Togo se trouve à un carrefour où sa crédibilité régionale est en jeu.