Centrales algéro-nigérienne : une bouffée d’oxygène pour Niamey

Centrales algéro-nigérienne : une bouffée d’oxygène pour Niamey

À Gorou Banda, en lisière de Niamey, la première centrale électrique issue de la solidarité algéro-nigérienne a été officiellement mise en service en présence des Premiers ministres des deux pays : Ali Lamine Zeine pour le Niger et Sifi Ghrieb pour l’Algérie. Ce projet, premier d’une série d’engagements énergétiques concrets entre Alger et Niamey, arrive à point nommé pour pallier les difficultés récurrentes d’approvisionnement en électricité qui freinent l’économie et le quotidien des habitants de la capitale nigérienne.

Gorou Banda, nouveau cœur de la coopération énergétique algéro-nigérienne

Le site de Gorou Banda, déjà réputé pour abriter des infrastructures électriques majeures au sud de Niamey, s’impose désormais comme le symbole d’une dynamique renouvelée entre les deux nations voisines. La cérémonie d’inauguration a mis en lumière un partenariat présenté comme un acte de solidarité d’Alger envers son partenaire sahélien. Pour le gouvernement nigérien, issu de la transition politique de juillet 2023, cette centrale représente une avancée concrète face aux tensions persistantes sur les réseaux électriques nationaux.

Le Niger, fortement dépendant des importations d’électricité — notamment en provenance du Nigeria, dont les livraisons ont été perturbées par les sanctions de la CEDEAO après le récent changement de régime —, doit diversifier ses sources d’approvisionnement. Cette centrale s’inscrit dans cette stratégie de sécurisation énergétique, complétant les efforts nationaux en matière de production thermique et solaire.

Algérie : une diplomatie énergétique au service de sa présence sahélienne

Pour Alger, ce projet s’inscrit dans une volonté affirmée de renforcer son influence dans son voisinage immédiat. Depuis plusieurs mois, la diplomatie algérienne multiplie les initiatives à destination des États du Sahel, alors que certains partenaires traditionnels de la région réduisent leur engagement ou se retirent. L’inauguration de cette centrale poursuit un double objectif : consolider la présence algérienne dans la sous-région et garantir la stabilité d’un voisinage dont la sécurité conditionne celle des provinces du Sud algérien.

Les échanges entre Ali Lamine Zeine et Sifi Ghrieb ont également porté sur des enjeux sécuritaires majeurs. Les quelque 1 000 kilomètres de frontière commune entre les deux pays constituent une zone sensible, traversée par des groupes armés, des trafics illicites et des flux migratoires. La coopération énergétique s’inscrit ainsi dans un dialogue plus large, intégrant la stabilisation de cette zone frontalière.

Un geste politique aux répercussions régionales

Le timing de cette inauguration n’est pas anodin. Il intervient alors que le Niger, le Mali et le Burkina Faso ont acté leur retrait de la CEDEAO et créé l’Alliance des États du Sahel (AES). Dans ce nouveau paysage géopolitique, Alger se positionne comme un partenaire incontournable, sans pour autant s’affilier formellement au bloc sahélien. Cette neutralité stratégique permet à l’Algérie de dialoguer avec l’ensemble des acteurs régionaux, y compris ceux attachés à l’ordre hérité de la CEDEAO.

La centrale de Gorou Banda incarne cette dualité : elle apporte une réponse technique immédiate en renforçant la capacité électrique près de la capitale, où la demande est la plus forte. Elle symbolise aussi un partenariat bilatéral revendiqué comme essentiel. Reste désormais à évaluer, dans les mois à venir, l’impact réel de ce projet sur la réduction du déficit énergétique nigérien, ainsi que la concrétisation des annonces en matière d’interconnexions électriques à plus grande échelle.

Pour Niamey, l’enjeu est de taille : transformer cette infrastructure inaugurale en un levier pérenne pour son autonomie énergétique. Les autorités nigériennes ont fait de la souveraineté électrique une priorité, et la coopération avec Alger s’inscrit désormais au cœur de cette ambition nationale.

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