Huile de palme : le Sénégal vise 60 000 hectares avec l’appui indonésien

Huile de palme : le Sénégal vise 60 000 hectares avec l’appui indonésien

Le Sénégal engage un partenariat avec l’Indonésie pour porter la filière huile de palme de 12 000 à 60 000 hectares. Objectif : réduire une facture d’importation qui a atteint 172 millions de dollars en 2020.

Un rendez-vous discret s’est tenu le 11 septembre à Dakar. Le ministère sénégalais de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage (MASAE) y a présenté à l’ambassadeur d’Indonésie un projet d’envergure : développer 60 000 hectares de plantations de palmiers à huile dans le centre et le sud du pays. Les surfaces exploitées seraient ainsi multipliées par cinq.

Les deux parties planchent désormais sur la création d’un groupe de travail technique mixte pour piloter le dossier. Le calendrier précis et le montage financier restent toutefois à définir.

Dix ans de stagnation dans la filière

Le retard accumulé est considérable. Entre 2015 et 2024, les superficies consacrées au palmier à huile au Sénégal n’ont jamais franchi la barre des 12 000 hectares, plafonnant autour de 11 800 hectares. La production industrielle d’huile de palme est restée figée à environ 14 000 tonnes sur la même période.

Pour répondre à une demande intérieure soutenue, le pays a donc massivement recours aux importations. En moyenne, 148 100 tonnes d’huile de palme ont été achetées à l’étranger chaque année entre 2015 et 2024, avec un pic à 195 937 tonnes en 2017. La facture a frôlé les 108 millions de dollars annuels en moyenne, atteignant 172 millions de dollars en 2020. Une dépendance coûteuse que Dakar veut désormais réduire dans le cadre de sa stratégie de souveraineté alimentaire.

L’Indonésie, un partenaire incontournable

Le choix de Jakarta n’est pas anodin. Avec une production estimée à 46,7 millions de tonnes pour la campagne 2025/2026, l’Indonésie domine la production mondiale d’huile de palme et occupe la première place à l’export. Cette position repose sur des décennies d’expertise en sélection variétale, gestion des plantations et transformation industrielle.

Pour Dakar, l’ambition dépasse la simple extension des surfaces : il s’agit de bénéficier d’un transfert de technologies et de renforcer les compétences locales pour structurer une filière enfin productive.

Un modèle déjà expérimenté en Afrique

D’autres pays africains ont déjà noué des partenariats similaires avec Jakarta. En Tanzanie, un accord de coopération a été signé en 2025 avec l’Association indonésienne de l’huile de palme (GAPKI) pour des formations, un accompagnement technique et un transfert de compétences. Au Nigeria, premier producteur africain d’huile de palme, un protocole d’accord conclu en 2024 entre producteurs locaux et GAPKI poursuit les mêmes objectifs : partage de connaissances et de technologies pour doper la productivité.

Reste à savoir si Dakar saura concrétiser ce projet là où d’autres ont posé les premiers jalons.

Fanta Ouattara

Éditorialiste