Niger : le général Tiani face à la purge post-putsch et au spectre de l’ennemi intérieur

Niger : le général Tiani face à la purge post-putsch et au spectre de l’ennemi intérieur

Le 29 août, une attaque ciblant le palais présidentiel, la base aérienne 101 et les studios de la télévision nationale a révélé une crise inédite au sommet de l’État nigérien. Pour le général Abdourahamane Tiani, arrivé au pouvoir par un coup d’État trois ans plus tôt, cette menace interne a transformé la paranoïa en stratégie de gouvernance.

Le putsch manqué, catalyseur d’une chasse aux sorcières

Le 29 août 2026, plusieurs centaines de militaires ont participé à une tentative de renversement du régime. Malgré l’échec de l’opération, l’impact sur l’appareil sécuritaire a été immédiat : des centaines d’arrestations ont été recensées, notamment parmi les forces spéciales, tandis que la chaîne de commandement a subi un remaniement drastique. Le limogeage du général Moussa Salaou Barmou, chef d’état-major, ainsi que le remplacement de quatre ministres en l’espace de quelques jours, illustrent une réponse militaire et politique musclée.

Le décret du 17 septembre : quand la nationalité devient une variable d’ajustement

Cinq personnalités, dont l’ancien Premier ministre Ouhoumoudou Mahamoudou, ont été frappées d’une déchéance provisoire de nationalité par décret présidentiel. Les motifs invoqués incluent des allégations d' »intelligence avec des puissances étrangères » et d' »atteintes à la sûreté de l’État ». Officiellement, ces mesures visent à protéger la stabilité nationale. Pourtant, le choix des cibles interroge : ces individus ont tous servi l’ancien président Mohamed Bazoum, renversé en juillet 2023.

Une liste qui s’allonge : 25 citoyens privés de nationalité

Depuis 2024, le nombre de Nigériens dépouillés de leur citoyenneté a atteint 25. Cette escalade sécuritaire soulève une question centrale : où s’arrête la lutte contre les menaces réelles et où commence la chasse aux opposants politiques ? Les procédures judiciaires en cours ne tranchent pas encore, mais le symbole est fort : servir sous l’ancien régime équivaut désormais à une exclusion symbolique.

Sur le terrain, cette stratégie interroge aussi l’unité nationale. Comment un régime peut-il prétendre incarner la légitimité après avoir été lui-même fragilisé par une attaque interne ? La réponse de Tiani semble résider dans une radicalisation des mesures de contrôle, au risque d’une polarisation accrue de la société.

La paranoïa d’État : quand la menace intérieure dicte la gouvernance

Le pouvoir nigérien, né d’un coup d’État, se trouve désormais aux prises avec la même logique qui l’a porté au pouvoir : la défiance envers les institutions. Les purges successives, les limogeages et les déchéances de nationalité révèlent une obsession : identifier et neutraliser les foyers de dissidence avant qu’ils ne se transforment en rebellions.

Cette logique repose sur un paradoxe : un régime qui craint pour sa survie devrait normalement chercher à instaurer un climat de confiance. À l’inverse, la multiplication des sanctions et des exclusions renforce le climat de suspicion généralisée. Chaque acteur, des militaires aux anciens responsables politiques, devient un suspect potentiel, transformant la gouvernance en une série de proscriptions.

Jusqu’où ira la logique de l’exclusion ?

Le général Tiani a hérité d’un pouvoir fragile, construit sur des sables mouvants. Son refus apparent de toute contestation, même minime, risque de conduire à une impasse politique. En transformant chaque critique en complot et chaque ancien allié en ennemi, il risque de vider de son sens le projet même de reconstruction nationale.

Car au-delà des questions de sécurité, se pose une interrogation fondamentale : un régime qui gouverne par la peur peut-il garantir la stabilité à long terme ? L’histoire des coups d’État au Sahel montre que la répression interne, loin de consolider un pouvoir, prépare souvent de nouvelles crises. Le Niger en est-il le prochain terrain d’expérimentation ?

Fanta Ouattara

Éditorialiste