Jeunesse tchadienne : survivre grâce au sable à N’Djamena
jeunesse tchadienne : survivre grâce au sable à N’Djamena
Dans la capitale tchadienne, des jeunes N’Djamenois trouvent dans le commerce du sable une issue à la précarité et au chômage endémique qui frappe leur génération.
Le chômage des jeunes au Tchad dépasse les 30 % pour les 15-24 ans. À N’Djamena, cette réalité se transforme en un quotidien de labeur pour des centaines de jeunes qui ont troqué les emplois stables contre le commerce du sable, une activité physique et épuisante. Sur les routes poussiéreuses du marché d’Emtoukoui, dans le septième arrondissement, ils attendent, porte-tout en main, qu’un client fasse appel à leurs services.
Les dernières estimations du Groupe de la Banque mondiale révèlent que près de 45,4 % de la population tchadienne vit sous le seuil de pauvreté. Avec plus de 9,5 millions de personnes concernées, cette précarité touche de plein fouet les jeunes générations, souvent privées d’opportunités professionnelles adaptées à leur formation.
Un commerce de survie sous un soleil implacable
Sous une chaleur écrasante, les jeunes porteurs de sable s’alignent le long des axes goudronnés. Chaque sac de 50 kg transporte une partie de leur espoir. Les tarifs oscillent entre 2 000 et 5 000 francs CFA, selon la distance et l’entente avec le client. Les porteurs, épuisés, ne ménagent pas leurs efforts, mais les revenus restent modestes face à l’ampleur de la tâche.
« On ne choisit pas ce travail, on le subit », confie un jeune homme, les traits tirés par des heures de labeur. « L’école n’a pas suffi à nous ouvrir des portes, alors on se bat comme on peut. » Beaucoup, peu qualifiés, n’ont d’autre choix que de s’engager dans ce secteur informel, dernier recours contre la misère.
Une économie informelle en question
Le commerce du sable incarne une économie de la débrouille, où la survie prime sur les conditions de travail. Les jeunes porteurs, souvent sans diplôme, représentent une main-d’œuvre invisible mais indispensable à la vie quotidienne de la capitale. Pourtant, leur contribution reste invisibilisée, et leur précarité, ignorée par les instances officielles.
À Emtoukoui, comme dans d’autres quartiers de N’Djamena, ces jeunes ne mendient pas. Ils luttent. Ils attendent. Et chaque jour, ils chargent leurs sacs, espérant que demain apportera une solution à leur quête désespérée d’une vie digne.